Top

[Entrevue exclusive] Le producteur de Millénium nous raconte la création de la trilogie

Benoit Bisson
Publié le: 22 décembre 2009 à 2:00 (Dernière mise à jour: 26 décembre 2009 - 2:44)

Nous sommes à quelques jours de Noël et de l’arrivée en salle au Québec de Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, film réalisé par Daniel Alfredson et mettant en vedette Noomi Rapace et Michael Nykvist. Pour mieux comprendre comment les trois films de la trilogie inspirée des romans de Stieg Larsson ont vu le jour, Lebuzz.info a interviewé, en direct de Stockholm, le producteur des films chez Yellow Bird Pictures, Sören Staermose.

Le producteur Sören Staermose à la première mondiale de Millénium 2, entouré de l’actrice Lena Endre, qui interprète le rôle d’Erika Berger dans la trilogie, et Michael Nykvist, qui interprète le journaliste Mikael Blomkvist
PHOTO © , utilisée avec l’aimable autorisation de Yellow Bird Pictures

Il est un peu plus de 14 heures, heure de Stockholm, lorsque nous rejoignons Sören Staermose qui, bien qu’il soit en congé pour le temps des fêtes, a accepté de bon gré de nous accorder une entrevue à la veille de l’arrivée en salle du deuxième volet de la trilogie Millénium (). La première question s’impose d’elle même: comment la maison de production Yellow Bird en est-elle venue à faire l’acquisition des droits d’adaptation cinématographique pour la trilogie de Stieg Larsson?

«Au début de 2005, peu de temps après le décès de Stieg Larsson, nous avons eu l’occasion de lire les manuscrits des livres avant qu’ils ne soient publiés, que Yellow Bird a eu un premier contact avec l’éditeur, Norstedts Publishing, à Stockholm» explique Sören Staermose. L’auteur, Stieg Larsson, est décédé subitement d’une crise cardiaque, le 9 novembre 2004, à l’âge de 50 ans. «Évidemment, nous n’étions pas les seuls qui avons pu découvrir ces nouveaux et passionnants personnages dans l’univers des romans policiers, poursuit-il, car il y avait d’autres producteurs de films et d’autres chaînes de télévision en Suède qui avaient eu vent de l’information à propos de l’éditeur. On était donc en compétition. Nous avons négocié, et cela a duré très longtemps avant d’en arriver à une entente définitive. Nous sommes arrivés à une entente préliminaire en 2005, en août je crois, et nous avons signé l’entente définitive en 2006.»

Une expertise reconnue

S’il est évident que l’éditeur a dû prendre en considération les conditions monétaires de l’entente, il ne fait aucun doute dans l’esprit de Sören Staermose que l’expertise de Yellow Bird dans la production d’adaptation de romans policiers, tant pour le cinéma que la télévision, a aussi eu du poids dans la décision finale. «Nous avons eu les droits parce que nous venions de tourner une adaptation basée sur des romans d’Henning Mankell, la série Wallander, précise-t-il. On venait de tourner 13 épisodes de 90 minutes, une combinaison de long-métrages et de séries télévisées, et ils savaient que l’on avait de l’expérience et aussi qu’Henning Mankell, l’auteur, était très satisfait des adaptations. Ils ont aussi décidé que l’on devrait avoir les droits parce que l’on avait de l’expérience avec les adaptations et que l’on avait aussi une bonne expérience en financement international, européen. On pouvait donc monter un bon projet. Vous savez, il est difficile de financer des films en Suède. C’est un petit pays quand vous désirez produire de grandes séries, de grandes productions de qualité.»

Rappelons que pendant la période de négociation, les romans ont commencé à paraître (voir en fin d’article les titres et dates de parution), recevant un accueil chaleureux tant de la critique que du public. Yellow Bird a donc immédiatement débuté les préparatifs devant mener à la production. «Nous avons débuté le développement en 2006 et il s’est poursuivi pendant toute l’année 2007, se remémore le producteur. Nous avons débuté le tournage le 26 février 2008. De la fin février à la fin juin, nous avons tourné le premier film. Nous avons ensuite pris une pause pour une partie de l’été puis, à partir du 16 août, nous avons enchaîné le tournage des adaptations du deuxième et du troisième roman avec un même réalisateur. Pour les trois films, nous avons eu deux réalisateurs: le premier a été réalisé par Niels Arden Oplev, un réalisateur danois, tandis que le deuxième et le troisième ont été tournés par Daniel Alfredson, un réalisateur suédois.»

On peut se demander pourquoi il y a eu changement de réalisateur après la complétion du premier film. Y a-t-il eu bisbille entre le réalisateur ou le producteur, ou encore entre le réalisateur et les acteurs? La raison du changement est beaucoup plus simple, comme nous l’explique Sören Staermose. «Au départ, j’ai demandé à Niels Arden Oplev de réaliser les adaptations des trois livres, mais il est Danois, et on tournait en Suède. Il a une famille, quatre enfants, et de rester à l’extérieur aussi longtemps, ça devient très compliqué. L’autre facteur qui est entré en ligne de compte est que si vous être un réalisateur qui veut être très impliqué dans la post-production – le montage, la musique, les effets visuels -, à ce moment, on ne peut pas avoir de continuité pour le tournage, puisqu’il ne pourrait pas être impliqué dans la post-production si l’on voulait poursuivre. C’était l’autre facteur qui est entré en ligne de compte.»

Le public en redemande!

On peut être porté à croire que le projet de production était de réaliser trois longs-métrages, mais en fait il en est tout autrement, comme nous le précise le producteur. «Le projet initial était que le premier livre était réalisé en long-métrage, de même qu’en deux épisodes de 90 minutes. C’était le plan dès le départ. Pour le deuxième et le troisième livre, le plan était de réaliser pour chacun deux épisodes de 90 minutes, mais pas de long-métrage.» Toutefois, au début de 2009, devant le succès phénoménal du premier film, et des livres, Yellow Bird a approché son principal partenaire, SVT – la chaîne de télévision suédoise – afin d’en arriver à une entente pour la réalisation de deux autres longs-métrages, ce que SVT a accepté. «Ils ont vite réalisé qu’il y avait une forte demande de la part du public, précise le producteur. En plus, les industries du cinéma et de la télévision sont très proches l’une de l’autre en Suède, et ces productions ont généré beaucoup d’emploi et de retombées pour tout le monde.»

Quand on connaît les budgets de productions hollywoodiens, le budget global prévu pour la réalisation du long-métrage et des six épisodes de 90 minutes a de quoi faire sourire: 14,5 millions $US pour l’ensemble de la production. Comme le souligne Sören Staermose, le budget final a été légèrement supérieur. «Le budget a été un peu plus que ça, environ 13 millions d’euros (18,6 millions $US approx.), parce qu’une fois le tournage complété pour le deuxième et le troisième livre, nous avons décidé qu’il y aurait des long-métrages de réalisés pour les deux, alors il y a eu du tournage additionnel qui a été fait, sans oublier le travail de post-production pour nous assurer qu’au final, nous avions des longs-métrages de qualité.»

Le phénomène Millénium est vraiment cela: un phénomène. D’une part, les romans de Stieg Larsson ont non seulement connu un succès international qui n’a pas encore atteint son apogée (le dernier roman n’est pas encore paru aux États-Unis), ce qui a soulevé l’intérêt des lecteurs pour d’autres auteurs scandinaves, dont Henning Mankell, Helene Tursten et Anne Holt, pour ne nommer que ceux-là. D’autre part, c’est l’occasion pour le public de nombreux pays de découvrir la qualité des productions suédoises, essentiellement méconnues à l’étranger à l’exception de l’oeuvre d’Ingmar Bergman. En développant une formule de financement originale, Yellow Bird a réussi à briser des barrières économiques qui, jusqu’à tout récemment, n’auraient pas permis la réalisation d’une trilogie telle que Millénium. Ce n’est pas pour rien que Sören Staermose a été honoré lors du Festival du film de Séville, en novembre dernier, soulignant par le fait même l’impact du modèle d’affaires qui fait que Yellow Bird Pictures est en voie d’être reconnu partout à travers le monde.

Millénium – Dates de parution des romans

Suède
Män som hatar kvinnor (traduction: Les hommes qui détestent les femmes), 2005.
Flickan som lekte med elden (traduction: La fille qui jouait avec le feu), 2006.
Luftslottet som sprängdes (traduction: Le château gonflé à l’air qui a explosé”), 2007.

France
Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium 1, Män som hatar kvinnor), éditions Actes Sud, 2006
La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Millénium 2, Flickan som lekte med elden), éditions Actes Sud, 2006
La Reine dans le palais des courants d’air (Millénium 3, Luftslottet som sprängdes), éditions Actes Sud, 2007


Partager:
  • Wikio FR
  • Scoopeo
  • Facebook
  • MySpace
  • Technorati
  • Twitter
  • Digg
  • del.icio.us
  • MSN Reporter
  • Yahoo! Bookmarks
  • Google Bookmarks
  • Print
  • email

NOTE: Ce texte, comme tous ceux de LeBuzz.Info, est soumis à la loi sur le copyright et les droits d'auteur. Toute reproduction (hormis une brève citation en précisant la source et l'auteur, incluant un lien vers le texte cité) sans l'autorisation expresse de l'auteur est interdite.


 

« PRÉCÉDENT
[Primeur] Un avant-goût de Millénium 3: bande-annonce, extraits et photos
SUIVANT »
[Junket] Le Sherlock Holmes moderne de Robert Downey Jr et Guy Ritchie


Qu'en pensez-vous?

Faites-nous part de vos commentaires!

Trackback: http://lebuzz.info/2009/12/42419/entrevue-exclusive-le-producteur-de-millenium-nous-raconte-la-creation-de-la-trilogie/trackback/

Bottom