[En primeur] La critique de L’incroyable Hulk
Publié le: 10 juin 2008 à 5:15 (Dernière mise à jour: 10 juin 2008 - 13:58)
Proposer une nouvelle version de L’incroyable Hulk (The Incredible Hulk) aux cinéphiles était un pari risqué. Il a été réussi haut la main par Louis Leterrier, Edward Norton, Liv Tyler, William Hurt et Tim Roth.
Le flop du Hulk de Ang Lee l’avait prouvé: adapter L’incroyable Hulk (The Incredible Hulk) pour le cinéma - plus de 20 ans après le succès de la série télévisée - n’était pas chose aisée.
Ne voulant pas tomber dans les pièges que n’avait pas pu éviter son prédécesseur, Louis Leterrier - aidé par le scénariste Zack Penn et Edward Norton qui a collaboré à l’écriture du script - a, à la fois, “nettoyé” et “modernisé” l’histoire. On retourne aux origines de la série télévisée: Bruce Banner est essentiellement un héros solitaire, un homme déchiré, qui subit son destin et qui refuse ce qui lui arrive. S’isolant volontairement des siens, traqué par l’armée qui estime que son corps lui appartient, Banner cherche, non pas à contrôler la bête qui vit en lui, mais à s’en débarrasser. Et, comme l’avait promis Louis Leterrier, on assiste très rapidement à la première transformation de Banner en Hulk.
Exilé au Brésil, où il travaille dans une usine de conditionnement de bouteilles de boissons gazeuses, notre héros vit dans la peur des “incidents” qui le transforment en monstre et cherche, tout en évitant soigneusement de se faire repérer par l’armée américaine, à se guérir de cette malédiction. Si les premières scènes du film sont passées à situer l’histoire de Banner/Hulk et à nous expliquer pourquoi il a fui, tout le long-métrage est un savant mélange de scènes d’action et d’examen de la psychologie du personnage principal.
Cette adaptation de L’incroyable Hulk (The Incredible Hulk) ne sert qu’à une chose: préparer les spectateurs pour la suite - annoncée par l’équipe de production qui n’a jamais caché que c’était là le premier volet d’une franchise -, poser les personnages pour pouvoir leur faire vivre des aventures dans les prochains films. En cela, Louis Leterrier suit l’exemple de Sam Raimi et de son premier Spider-Man. Le super héros malgré lui apprivoise peu à peu ses pouvoirs (attention, Banner est, par essence une victime qui cherche à se débarrasser de ce qu’il considère être une malédiction. Peter Parker, lui, accepte son destin), essaye de comprendre la manière dont il peut réussir à gérer (pour mieux s’en défaire) le monstre qui l’habite, s’isole volontairement - se sacrifie même - tout en acceptant l’aide et l’amour de Betty Ross.
Si j’avoue ne pas avoir vu la brève apparition de Stan Lee dans le film, celle de Bill Bixby, l’interprète de David Bruce Banner dans la série télévisée, est immanquable et bien amenée. De la même manière, Lou Ferrigno incarne un gardien de sécurité (en plus de faire la voix de Hulk) et c’est avec un immense plaisir qu’on assiste à la scène, dans laquelle on devine un hommage à la série culte. Même chose pour la scène avec Tony Stark (interprété par Robert Downey Jr.) qui, plus qu’un clin d’œil, annonce la suite des aventures de Hulk.
Edward Norton se glisse parfaitement dans la double peau de Banner/Hulk. Acteur habitué, depuis le début de sa carrière, à jouer des personnages à deux faces (Primal Fear, American History X, Fight Club, The Illusionist), il rend extrêmement bien la dualité du scientifique, victime d’une expérience qui a mal tourné. Mais il ne se contente pas de subir son sort, il se bat contre cette malédiction. Cet habile dosage est parfaitement rendu par l’acteur qui arrive à montrer - chapeau au travail de Zack Penn, le scénariste - aussi à quel point l’homme souffre de ses transformations en Hulk.
De la même manière, Emil Blonsky (Tim Roth) ne se contente pas de devenir l’Abomination, un anti-Hulk, obsédé par le fait d’être un super soldat et de réussir là où Banner a échoué. Subtilement, presque sans qu’on s’en aperçoive, Louis Leterrier fait de Blonsky un personnage beaucoup plus profond, un soldat qui se moque des honneurs, du grade et de son avancement et qui ne vit que pour l’action.
Presque caricatural au début du film, le personnage du Général “Thunderbolt” Ross (William Hurt), père de Betty qui aidera Bruce dans son périple, se raffine au fur et à mesure du long métrage. Son obsession du super soldat et sa peur de Hulk se transforment peu à peu en une reconnaissance de la valeur du monstre vert, notamment parce que l’Abomination, elle, ne possède aucune des qualités humaines qui font de Hulk un super héros.
Comme dans Spider-Man, Betty Ross (incarnée par Liv Tyler), est au courant de la double personnalité de l’homme qu’elle aime. C’est d’ailleurs un élément que j’apprécie particulièrement et qui permet de conférer au personnage de “copine du super héros” une substance qu’elle n’a pas autrement (il suffit de se rappeler de Lois Lane dans les Superman avec Christopher Reeve pour constater que le rôle de “belle sans défense parfaitement aveugle” n’apporte rien). Dès qu’elle revoit Bruce Banner, elle lui vient en aide et c’est elle qui lui montre qu’elle arrive à communiquer avec Hulk, que le scientifique a tendance à ne voir que comme une brute épaisse qu’il doit supprimer.
Si, dans ce premier volet de L’incroyable Hulk (The Incredible Hulk), Samuel Sterns (Tim Blake Nelson) ne sert qu’à essayer de guérir Bruce Banner et, malgré lui, permet à Emil Blonsky de devenir l’Abomination, un bref plan de caméra permet d’introduire le fait qu’il se transformera - dans un prochain film - en quelque chose. Les lecteurs de la bande-dessinée savent d’ailleurs que le biologiste moléculaire est destiné à devenir l’ennemi ultime de Hulk, The Leader.
Si, en voyant les photos du film et en regardant les différentes bandes-annonces, je trouvais que Hulk était par trop caricatural et que le l’amalgame de CGI, d’animation, de maquillage et de captures de mouvements d’Edward Norton à l’aide de 37 caméras différentes était un peu gros, je dois admettre que ça passe très bien au moment du visionnement du film. Le monstre est suffisamment différent pour qu’on comprenne la volonté de Banner de s’en débarrasser, et il est en même temps foncièrement humain (ou “bon”), ce qui permet au spectateur de compatir à son sort et de souhaiter qu’il réussisse à échapper à ses poursuivants.
Les scènes de combat sont particulièrement réussies, notamment celle où Hulk se bat contre l’armée américaine, qui déploie tous les armements possibles pour tenter d’en venir à bout. De même, la séquence où Hulk court sur les toits des buildings de New York est digne de mention. J’ai, par contre, trouvé que la scène de la bataille de Hulk contre l’Abomination était un peu “trop”: trop caricaturale (le héros triomphe, même s’il est moins fort que son ennemi) et trop artificielle (le déploiement d’effets spéciaux destiné à nous montrer les super pouvoirs des deux monstres n’ajoute rien).
Si j’apprécie les jeux de caméra de Louis Leterrier, j’ai eu un peu de mal avec certaines utilisations du zoom qui joue sur le flou de certains plans - celui des favelas brésiliennes et celui d’une scène du début, dialogue entre William Hurt et Tim Roth - et qui est pénible pour les yeux. De plus, une ou deux scènes sont coupées un peu brutalement à mon goût.
Mais, somme toute, ces quelques faiblesses bien minimes n’enlèvent rien à la qualité globale du film, qu’on s’empressera d’aller voir et qui, non seulement, sera un succès, mais n’est que le premier volet d’une franchise dont on attend la suite.
Rappelons que L’incroyable Hulk (The Incredible Hulk) prend l’affiche au Québec le 13 juin et en France le 23 juillet.
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