Brosser le portrait cinématographique de Dédé Fortin, instigateur et âme des Colocs, est un défi de taille, fort bien relevé par Jean-Philippe Duval.

Il est toujours périlleux de s’attaquer à l’histoire récente au cinéma. Denis Villeneuve l’a fait avec brio pour Polytechnique. Le défi de Jean-Philippe Duval était de nature très différente. En effet, d’une part, l’histoire est plus récente et, d’autre part, il s’agit avant tout du portrait d’un individu plutôt que d’un événement. Non pas que l’événement ait été facile à dépeindre (parlez-en à Denis Villeneuve!), mais condenser une vingtaine d’années – de l’arrivée de Dédé à Montréal à son décès en 2000 – en un film d’une durée acceptable implique obligatoirement des choix, et ceux-ci feront des heureux et des mécontents.

La bande annonce :

J’ai bien apprécié l’utilisation que fait le réalisateur de différentes formes d’animation, notamment pour l’arrivée de Dédé à Montréal et le rendu sublime de Belzébuth, à partir des illustrations de Tom Tassel. Cela sert tout autant à faire un lien avec les études en cinéma de Dédé (dans le cas de l’arrivée à Montréal) qu’à illustrer les démons qui le hantent.

Le rythme du film est vraiment excellent au début, jusqu’au moment de la mort de Pat en fait. Même si de longues périodes de temps sont escamotées, on va à l’essentiel, aux moments déterminants – un cours sur le cinéma japonais, la rencontre de Pat, entre autres – d’une façon qui situe bien le cheminement de Dédé, ses rencontres, ses amours.

L’alternance entre la période d’enregistrement de Dehors Novembre et les retours en arrière à des moments clés de la carrière de Dédé et des Colocs est intéressante au début, mais perd de son efficacité au fil du film. Je peux comprendre que l’on ait voulu montrer la pression que Dédé se mettait alors sur les épaules, comparativement à l’atmosphère plus débridée de l’époque du 2116 St-Laurent. Je peux comprendre aussi que l’on ait voulu briser la linéarité du temps pour attirer plus notre attention sur un état d’esprit et sur les changements profonds que seul le recul du temps permet effectivement de voir clairement. Toutefois, personnellement, j’en suis arrivé à un point où j’avais l’impression que le film tentait plus de me faire voir la perception du réalisateur quant au cheminement émotif de Dédé que de simplement me le montrer et me laisser me faire ma propre opinion.

Il y a aussi des choix qui me laissent sur ma faim. Dédé a étudié en cinéma et il n’a jamais perdu cette passion. Il a été le réalisateur de tous les clips des Colocs et, tout comme sa vision musicale a influencé – et influence encore – une génération de musiciens québécois, sa vision créatrice des vidéoclips était suffisamment novatrice pour le clip de Julie, pour ne nommer que celui-là, se mérite le Félix de Clip de l’année. Or, cet aspect de sa carrière est à toutes fins utiles absent du film, et c’est dommage.

Malgré ces doléances, somme toute très personnelles, le film mérite amplement d’être vu. L’impact culturel des Colocs dans le paysage musical québécois ne fait aucun doute, et le film a le mérite d’aller au delà du personnage pour nous permettre de découvrir la personne, profondément aimante et sensible, derrière l’image publique.

Enfin, élément important s’il en est un, le jeu des comédiens mérite à lui seul le visionnement. Sébastien Ricard n’interprète pas Dédé, il est Dédé. Joseph Mesiano (Mike Sawatzky), Dimitri Storoge (Patrick « Pat » Esposito di Napoli et David Quertigniez (André « Vander » Vanderbiest) sont respectivement ténébreux, touchant et Belge à souhait.

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Virginie Hamel
Rédactrice web passionnée par la culture, le cinéma et l'actualité insolite. J'adore partager mes découvertes et donner mon avis et des conseils sur des sujets très variés.

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