Lors du junket qui s’est déroulé à Los Angeles, Zach Snyder, réalisateur de Watchmen, les gardiens, parle de son film et en raconte la conception et le tournage…

Pour tout savoir de Watchmen, les gardiens, consultez notre dossier spécial, qui comprend des secrets de production, des entrevues avec les acteurs, 10 affiches et affichettes, des photos et vidéos ! Voici aussi notre critique du film !

Il faut remercier votre mère ! C’est elle qui vous a fait aimer les bandes-dessinées, n’est-ce pas ?

Oui, tout à fait. Ma mère est une femme très cool, un peu excentrique d’ailleurs. J’ai toujours aimé la fantasy et, quand j’étais jeune, elle m’a offert un abonnement au magazine Heavy Metal. À l’époque, elle n’avait aucune idée que c’était un magazine pour adultes, elle pensait que c’était pour les jeunes! [Rires] Et j’ai adoré ça! C’était noir, sexy et fou en même temps…

Mais d’où vient votre amour des romans graphiques ?

Je ne sais pas, j’ai toujours aimé les histoires fantastiques, l’art, la fantasy, la science-fiction, la mythologie. Et voilà!

Avec Watchmen, vous vous attaquez à LA bande-dessinée culte, celle qui a un nombre incroyable de fans. Avez-vous eu peur ?

C’est drôle, c’est le troisième film comme ça que nous faisons. Pour le premier, nous nous étions attaqué à George Romero [NDLR: pour Dawn of the Dead], ensuite à Frank Miller [NDLR: pour 300], et maintenant Watchmen. À chaque fois, tout le monde fait des commentaires comme: ‘Mais pour qui se prend-il?’, je dois être fou! [Rires] Comme je suis aussi un fan de ces trois œuvres, je comprends parfaitement l’inquiétude des amateurs. Quand on m’a montré le premier scénario de Watchmen, le film était côté 13 ans et plus [NDLR: il est maintenant interdit aux moins de 17 ans], il durait deux heures, parlait de la guerre contre le terrorisme et le méchant mourrait. Ce que j’ai lu à ce moment-là était un film comme les autres! Et j’ai expliqué aux patrons des studios que Watchmen était un peu plus fou que ça, un peu plus tordu.

Le film est visuellement impeccable et le scénario extrêmement fouillé, on sent votre passion à chaque plan de caméra. Vous avez même fait plus de 2 000 storyboards. Avez-vous trouvé le temps de dormir et de manger pendant la production ?

Dessiner le film m’a pris environ cinq mois et demi et le tournage a été très fatiguant… en tout, cela fait trois ans que je travaille sur le film.

À quel point était-ce important pour vous de demeurer fidèle à la bande-dessinée ?

C’était essentiel. Je souhaite que les cinéphiles qui n’ont jamais lu Watchmen aient la même expérience que moi quand je l’ai découvert. Je me rappelle encore de la première fois où j’ai ouvert la bande-dessinée. Je me suis dit: ‘Oh! Du Alan Moore, ça va être bien!’ Et, après quelques pages, je me suis demandé ce que c’était, j’étais époustouflé! Oui, les fans des Watchmen apprécieront le film, mais je veux aussi que les cinéphiles qui ne connaissent pas du tout la BD soient surpris de ce que peuvent être des super-héros.

Les acteurs sont tous excellents. Ce ne sont pas des stars et c’est ce qui fait d’eux des acteurs parfaits pour les rôles, de plus, ils vont vraiment bien ensemble. Saviez-vous dès le départ que vous les vouliez ?

Au début, on a joué un peu avec l’idée de faire une version Ocean’s Eleven de Watchmen, mais ce concept n’a pas duré longtemps. Si ma mémoire est bonne, c’est Patrick Wilson que j’ai choisi en premier et je pense que c’est à ce moment-là que les studios ont compris ce que je voulais faire avec le film: choisir les meilleurs acteurs pour incarner les personnages, pas les plus connus.

> Ne manquez pas aussi notre interview de Dave Gibbons !

Ce sont des personnages tellement complexes, comment faites-vous pour que le public éprouve de la compassion pour The Comedian [NDLR: le Comédien en version française], alors que, honnêtement, il ne le mérite pas ?

Le crédit en va à Jeffrey [NDLR: Jeffrey Dean Morgan, l’acteur], il est tellement charmeur! [Rires] Dès qu’il se met à sourire, on se demande s’il n’y a pas une lueur d’espoir. Oui, The Comedian est un homme horrible, mais on se demande toujours s’il n’y a pas un petit quelque chose qui en fait quelqu’un d’attachant. Et Jeffrey a tout de suite saisi cette ambivalence.

Vous avez également du créer des lieux mythiques, est-ce que cela vous a posé des problèmes particuliers ?

Oui, ça a été beaucoup de travail, mais en même temps, cela m’a aussi procuré énormément de plaisir. La scène notamment où Laurie se retrouve dans le repaire de Nite Owl et qu’elle se met à fouiller partout et découvre son vaisseau… j’ai adoré la faire. J’ai un côté très geek, vous savez! À la fin de cette séquence, je me suis tourné vers D.J., le responsable des effets spéciaux, et je lui ai dit: «C’est génial, non?», exactement comme un enfant l’aurait fait.

Que ce soit dans Batman, Superman ou X-Men, on trouve toujours la bataille entre le bien et le mal. Avez-vous pensé vous plier à ce modèle dans Watchmen ?

Non, nous passons toute la durée du film à aller à l’encontre de ce concept. Toutes les décisions morales prises dans le long-métrage sont ambiguës. Il y a toujours un autre côté à chaque décision, un autre raisonnement. Le monde n’est pas comme ça, en noir et blanc. Et je pense que c’est la question principale qu’aborde Alan dans la bande-dessinée: de qui appliquons-nous la morale? Qui décide qui sont les méchants? Qui décide qui on doit punir? Et ce questionnement touche même les gouvernements et la religion.

Dave Gibbons mentionnait que la bande-dessinée donne des réponses complexes à des questions faciles, comme de savoir comment se comporteraient des super-héros s’ils existaient vraiment. Est-ce que le film répond à ces questions ?

Watchmen y répond en nous montrant le monde dans lequel des super-héros existent: un monde où la population serait au service de ces surhommes. Si Superman existait, ne pensez-vous pas qu’il réunirait tous les chefs d’État dans une même pièce et qu’il les menacerait de les tuer s’ils n’arrêtaient pas de faire n’importe quoi? Oui, c’est la prérogative des gens qui possèdent des super pouvoirs. Je pense que c’est ce que fait Watchmen: le film prend le concept des super-héros et le pousse au maximum.

En bout de ligne, pensez-vous que les Watchmen sont tous des psychopathes ou sont-ils tout simplement des âmes en détresse ?

Pour moi, ce sont des âmes en détresse. Mais je dis cela parce que je les aime! Ils ont vu le côté sombre de l’humanité et ça a fini par déteindre sur eux.

Interview de Zack Snyder, réalisateur de Watchmen : “Mais pour qui se prend-il ?”
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Nicolas Lefevre
Passionné de culture et de voyage, cette surface d'expression me permet de vous livrer mon avis sur mes découvertes.

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