Gran Torino, premier film dans lequel Clint Eastwood assume le double rôle d’acteur et de réalisateur depuis Million Dollar Baby, est aussi son adieu à Hollywood puisqu’il a décidé de ne plus paraître devant la caméra. En entrevue, il nous présente le long-métrage, pour lequel vous trouverez aussi la bande-annonce.

Le scénario

Walt Kowalski (Clint Eastwood) est un travailleur du secteur automobile aujourd’hui retraité. Vétéran de la Guerre de Corée, Walt est aussi un homme amer dont les seuls confidents sont son fusil M-1, qu’il garde toujours prêt à l’emploi, et son chien, Daisy.

Les personnes qu’il appelait autrefois ses voisins ont toutes déménagées ou sont toutes mortes, remplacées par des immigrants Hmong, un peuple originaire de l’Asie du Sud-Est, qu’il méprise. En voulant à la terre entière, Walt ne fait qu’attendre la fin de sa vie.

Jusqu’à ce que quelqu’un essaye de voler sa voiture, une Gran Torino de 1972…

Cette voiture, qu’il a contribué à construire et qu’il a lui-même sortie de la ligne de montage, est sa passion qu’il entretient amoureusement. C’est le fils de ses voisins, Thao (Bee Vang), qui a essayé de la lui dérober, poussé par un gang de rue composé de Hmong. Mais Walt veille et empêche Thao de commettre son larcin, ce qui fait de lui le héros du voisinage, puisqu’il s’est opposé à la bande qui terrorise le quartier.

Quand Sue (Ahney Her), la soeur de Thao, insiste pour que son frère effectue de petits travaux pour Walt, comme manière de s’excuser de ce qu’il a fait, le vétéran accepte à reculons sans réaliser qu’il est en train de développer un lien d’amitié avec l’adolescent. La gentillesse incessante de la famille de Thao fait finalement comprendre certaines choses à Walt… non seulement sur ses voisins, mais sur lui-même. Ces gens – réfugiés, victimes d’un passé cruel – ont plus de choses en commun avec Walt que sa propre famille, et ils lui révéleront certains aspects de son âme, oubliés depuis la guerre… comme la Gran Torino qu’il préserve jalousement dans son garage.

Gran Torino prend l’affiche à Montréal le 25 décembre 2008, le 9 janvier 2009 dans le reste du Québec et le 25 février 2009 en France. Voici la bande annonce :

LIRE AUSSI : Notre critique du film

Côté pile : Clint Eastwood, l’acteur

«Je n’avais pas vraiment prévu de jouer dans un autre film [après Million Dollar Baby]» nous explique Clint Eastwood, tout de go. «Mais le personnage de Walt Kowalski a mon âge; il semblait avoir été écrit pour moi, même s’il ne l’était pas. Et j’ai beaucoup aimé le scénario. L’histoire, non seulement, possède des rebondissements intéressants, mais aussi plusieurs scènes qui feront rire.»

L’histoire débute juste après la mort de la femme de Walt, Dorothy. Cet événement marque le début de la fin de la vie de cet homme, marqué par la guerre de Corée et les 50 ans passés à travailler à l’usine Ford. «Walt a travaillé dur toute sa vie, souligne Clint Eastwood. Ses fils ont réussi, il vient de perdre sa femme et ses enfants sont des étrangers pour lui. Ils sont partis sans se soucier de lui et le considèrent comme un obstacle. Il faut quand même avouer que Walt n’est pas facile! C’est un homme acariâtre, qui passe son temps à critiquer les autres.»

Un prêtre – le père Janovich (Christopher Carley) – qui était le confesseur de Dorothy, tente de faire sortir Walt de sa coquille, mais, comme le précise Clint Eastwood: «Walt n’aime pas du tout les hommes d’église et celui-ci en particulier, probablement parce qu’il a l’air tellement jeune.» Et, comme toutes les personnes qui essayent d’établir un contact avec le personnage principal du film, le père Janovich se heurte à un mur. «Il essaye vraiment d’attirer Walt dans sa paroisse, de le faire venir se confesser. Mais il ne le considère que comme un jeunot, fais émoulu du séminaire, qui n’offre rien d’autre que des solutions faciles.» Le réalisateur et acteur explique d’ailleurs que la relation de son personnage et du prêtre, «en est une à sens unique. Le ‘padre’ comme il l’appelle est un jeune homme déterminé, mais, en bout de ligne, Walt ne tient aucun compte de ce qu’il lui dit.»

Le seul bonheur qu’il reste à Walt est de bichonner sa Ford Gran Torino, construite en 1972 et qu’il conserve amoureusement sous un drap de soie au fond de son garage. C’est d’ailleurs Walt qui en a installé la colonne de direction quand il travaillait sur la chaîne de montage. «Sa Gran Torino est sa fierté et sa joie» nous dit Clint Eastwood. «Walt est d’ailleurs comme sa voiture. Il ne fait absolument rien avec, il la laisse dormir dans le garage. Mais, de temps en temps, il la sort pour la briquer. Walt, un verre de bière à la main, contemplant sa voiture… c’est à peu près l’unique moment de bonheur qui lui reste.»

Habitant d’un quartier populaire, Walt Kowalski est un survivant d’une autre époque. Il entretient religieusement sa maison, tond la pelouse, taille les haies et possède un drapeau américain, fièrement déployé devant la propriété. Il observe les changements qui ont lieu autour de lui avec colère, comme l’explique Clint Eastwood. «Walt est extrêmement troublé par l’évolution du monde dans lequel il vit. Ça le dérange énormément. C’est un homme qui a été élevé dans une bourgade du Michigan, peuplée de travailleurs du secteur automobile comme lui et probablement de descendance polonaise, comme lui. Quand il voit à quel point son quartier change avec les années, ça le décourage.»

Confronté au problème des gangs de rue, Walt Kowalski fait ce qu’il a toujours fait: il lutte. Son acte de bravoure fait de lui le héros du quartier et ses voisins Hmong se mettent à lui offrir des cadeaux, à le noyer sous une avalanche de nourriture, de fleurs et de plantes. «Il ne veut rien savoir de ces gens-là» raconte Clint Eastwood. «Sa perception d’eux change quand il réalise qu’il sont intelligents et respectueux, deux qualités que je pense qu’il admire. Walt dit la réplique suivante dans le film: ‘J’ai plus de choses en commun avec ces gens-là que je n’en ai avec mes propres enfants pourris gâtés’ et je crois que ça résume bien son état d’esprit. C’est intéressant – et parfois fort drôle – de constater à quel point Walt est bourré de préjugés. Et, au fur et à mesure des événements, il réussit à les dépasser grâce aux relations humaines qu’il tisse.»

Gran Torino : affiche du film

Côté face : Clint Eastwood, le réalisateur

Bien que le scénario indiquait que l’histoire se déroulait à Minneapolis, Clint Eastwood a tout de suite trouvé que le personnage de Walt, un travailleur automobile pendant 50 ans, serait plus à sa place à Détroit, dans le Michigan, ville des constructeurs automobiles. La production a donc déménagé à Royal Oak, Warren, Grosse Point et Highland Park.

«Le quartier de Highland Park a beaucoup changé ces dernières années» raconte Clint Eastwood. «C’était un endroit où toutes les familles étaient unies par un lien très fort: celui de travailler pour les constructeurs automobiles, industrie qui était à son apogée à l’époque. Les usines ne fonctionnent plus au même rythme, mais les nouveaux résidents ont conservé l’esprit du quartier. Highland Park a connu ses moments difficiles, mais beaucoup de gens sympas y vivent encore.»

Clint Eastwood, le réalisateur, aime s’entourer de la même équipe film après film. Pour Gran Torino, il a fait appel à des collaborateurs de longue date, comme la costumière Deborah Hopper, le monteur Joel Cox et le designer James J. Murakami, qui a travaillé avec Henry Bumstead avant de rejoindre Clint Eastwood dans Changeling / L’échange.

«Je sais comment ils travaillent et ils savent comment je fonctionne. Cela simplifie d’autant nos rapports, je n’ai pas besoin d’expliquer quoi que ce soit» confie Clint Eastwood. «Mon but, quand je suis derrière la caméra, est d’éliminer autant que possible l’intellectualisation du processus. Il y a déjà assez de discussions comme ça quand on réalise sans avoir besoin d’en rajouter et de compliquer les choses. Je ne suis pas, non plus, le genre de type à étaler la ‘magie’ de la réalisation. S’il doit y avoir de la magie dans le fait de faire un film, elle doit être extrêmement subtile. Mais, au fond, la création d’un long-métrage est un moment où tous ceux qui y travaillent doivent apprécier l’expérience et y participer. C’est d’ailleurs un processus très agréable. Et quand ça ne le sera plus, vous ne me verrez plus!»

Afin de faciliter son travail de réalisateur, Clint Eastwood a inventé et s’est fait construire sur mesure un moniteur vidéo portable sans fil, qui lui permet de diriger les scènes dans lesquelles il joue. «Ça me permet de voir tout ce qui se passe sur le plateau. Je peux être à un pâté de maisons de là, je suis en mesure d’observer ce qui se déroule.»

Par ailleurs, le réalisateur a aussi mis sa touche personnelle dans la trame sonore de Gran Torino – comme pour Changeling / L’échange –, qui se devait de refléter le mélange de cultures qu’on retrouve à l’écran. Musicien lui-même, les pièces qui accompagnent les images ont eu une importance particulière pour le réalisateur qui compose la musique de certaines séquences pendant qu’il les tourne. «J’entends les mélodies tout de suite. Je les travaille ensuite sur un piano, pour, après, les écrire ou les orchestrer moi-même. Ça dépend… parfois, c’est moi qui le fait, parfois, je demande à quelqu’un d’autre. Je n’ai pas de règle préétablie.» Clint Eastwood ajoute, soulignant que son fils Kyle a participé à l’écriture de la chanson-thème de Gran Torino, interprétée par Jamie Cullum: «J’aime bien quand on arrive à l’étape de composition de la trame sonore, ça veut dire qu’on ne tourne plus, que le film est devenu ce qu’il doit être. En fait, quand on écrit la musique, on renforce les images du long-métrage. C’est génial, quand nous faisons la musique et les effets sonores, de passer d’une équipe de production de 70 personnes à une ou deux et de s’enfermer dans une pièce avec un ordinateur.»

Le cinéaste tient aussi à souligner l’apport et le soutien que lui ont prodigué les membres de la communauté Hmong, impliqués dans toutes les étapes de la production, des dialogues en passant par des éléments de design et les costumes. Clint Eastwood a d’ailleurs embauché de nombreux membres de son équipe parmi la communauté Hmong. «Ils voulaient vraiment s’impliquer dans Gran Torino et ils ont été si généreux avec nous! Ce fut un réel plaisir de travailler avec eux. J’espère que le peuple Hmong sera heureux de la façon dont le film raconte une partie de leur histoire à travers les yeux de Walt.»

À propos du film Grand Torino

Sortie : le 25 décembre 2008 à Montréal, le 9 janvier 2009 dans le reste du Québec et le 25 février 2009 en France.

Interprètes : Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Christopher Carley, John Carroll Lynch, Brian Haley, Geraldine Hughes, Brian Howe, William Hill

Réalisateur : Clint Eastwood

Producteurs : Clint Eastwood, Robert Lorenz, Bill Gerber

Budget (estimé) : 35 millions

Scénario : Nick Schenk, d’après une histoire de Dave Johannson

Site officiel : en anglais

Notez cet article

Virginie Hamel
Rédactrice web passionnée par la culture, le cinéma et l'actualité insolite. J'adore partager mes découvertes et donner mon avis et des conseils sur des sujets très variés.

    You may also like

    Comments

    Leave a reply

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *