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[Entrevue] Q&A: Claude Legault en père vengeur

Par - 4 février 2010 - 10:23 | Dermière mise-à-jour: 5 février 2010 - 10:41 Imprimer

Dans Les sept jours du talion, Claude Legault, aux côtés de Martin Dubreuil, Rémy Girard et Rose-Marie Coallier, se métamorphose en Bruno Hamel sous la direction de Podz. Rencontre avec l’acteur, qui nous parle du personnage créé par Patrick Senécal et du tournage.

Claude Legault dans Les sept jours du talion
© Alliance VivaFilm – Tous droits réservés

Attention! L’entrevue contient des spoilers. Si vous n’avez pas lu le livre ou vu le film, et si vous ne désirez pas connaître des détails de l’intrigue, ne lisez pas ce qui suit! Les sept jours du talion (), adaptation cinématographique du roman de Patrick Senécal, prend l’affiche dans les salles du Québec demain, le 5 février. Présenté en première mondiale au Festival de Sundance, ce thriller raconte l’histoire de Bruno Hamel (Claude Legault). Ce chirurgien et sa petite famille – Sylvie (Fanny Mallette), sa conjointe, et Jasmine (Rose-Marie Coallier), sa fille de huit ans –, habite Drummondville. Comme tous les gens heureux, il n’a pas vraiment d’histoire. Jusqu’à ce que Jasmine, par un bel après-midi d’automne, soit violée et assassinée. Mais lorsque la police arrête le meurtrier (Martin Dubreuil), un terrible projet germe dans l’esprit enténébré de Bruno: il va s’emparer du monstre et lui faire payer ce qu’il a fait à sa petite fille.

Pour vous, Bruno Hamel est-il un salaud?
Ah non, pas du tout, je trouve c’est loin d’être un salaud. Quelque chose s’est brisé en lui. Je pense qu’on a tous, à l’intérieur de nous, cette chose qui peut nous pousser à agir de la sorte. On le voit dans le monde, on le voit depuis la nuit des temps. L’humain est capable de tuer, de torturer et de battre n’importe qui, mais on s’est civilisé avec temps. Et je pense que des événements comme la mort de sa fille, le viol de sa fille peuvent faire basculer. Je crois aussi que c’est la douleur qui le pousse à faire des horreurs. Il devient aussi monstrueux que le monstre, mais reste profondément humain. Dans Les sept jours du talion, il y a plusieurs étapes à sa douleur. Quand il trouve sa petite avec les policiers, il éprouve une grosse peine. Puis, quand il est chez lui, avec sa femme, on voit sa douleur d’avoir perdu sa fille. Quand il reçoit le coup de téléphone du policier Mercure (Rémy Girard), on dirait qu’il a alors un moment de lucidité et qu’il réalise enfin que sa fille a été tuée par quelqu’un. Quand Mercure lui explique les circonstances, le viol, il éprouve une double douleur, son deuil ne sera pas aussi facile qu’il le pensait. Et quand il est installé devant la télé, qu’il regarde l’arrestation du tueur, de Lemaire (Martin Dubreuil), et qu’il le voit sourire, c’est là que les digues lâchent. C’est à ce moment précis qu’il devient celui qui n’a pas pu protéger sa famille. C’est l’homme, le père, qui n’a pas protégé son enfant. C’est la douleur, le mal, la culpabilité… Tout sort en même temps. Lemaire, en souriant comme ça devant les caméras, ne sait pas qu’il vient de se condamner lui-même. Bruno Hamel devient, à ce moment précis, le prédateur. Ses yeux changent, il sait qu’il va partir à la chasse de ce gars-là et qu’il ne lui donnera aucune chance.

Est-ce que c’est cet aspect d’exploration de la douleur, de ce côté prédateur, qui vous a attiré dans le rôle?
C’est un peu l’ensemble en fait. C’est agréable d’avoir à jouer des choses compliquées. Ce que Podz a réussi à faire dans Les sept jours du talion, c’est de nous laisser tout le temps le cul sur la clôture. Et, moi, un film où tu finis quasiment par prendre pour le pédophile…

À votre avis, est-ce que on prend vraiment pour le pédophile?
Inévitablement, oui. Pas son geste initial, mais au moment où Bruno Hamel est en train de le faire souffrir, on se dit: «Arrête! Lâche-le!». C’est un peu ce que la fillette vient lui dire dans une séquence. Quand elle apparaît, en spectre, elle ne dit rien à son père. Il essaye de la laver, de faire disparaître le sang, de la dé-souiller. On dirait qu’elle lui dit, quand elle est assise dans le bain: «Ok, that’s enough, arrête papa. Laisse-moi m’en aller, fais ton deuil». Car Bruno Hamel ne fait pas son deuil. Quand il torture Lemaire, il garde cette chose-là vivante.

Est-ce qu’il commence à le faire à partir du moment où il prend la décision d’épargner Anthony?
Oui. Quand Jasmine est assise dans le bain, Hamel renonce à la laver parce que le sang coule toujours, il s’assied, la regarde et pleure. C’est la première fois dans le film où il pleure vraiment. Il réalise, à ce moment précis, que sa fille ne reviendra pas… il redevient humain. Quand il retourne aux côtés de Lemaire et qu’il lui dit: «Ma fille aurait eu 9 ans aujourd’hui.», c’est la première fois qu’il lui adresse la parole. Il ne lui a jamais parlé, ne serait-ce qu’une seule syllabe du film avant ce moment-là. Et là, il le détache. Il va le laisser. Mais dans quel état…

Y a-t-il un côté de votre personnage que vous n’arrivez pas à comprendre?
Je pense, en fait, que je le comprends trop. Peut-être que Bruno Hamel aurait pu se tuer, cela aurait été une fin logique. Mais non, la vie reprend de sa valeur un moment donné, vers la fin du film. Même si Lemaire est un monstre, il le laisse en vie. Il est même heureux de dire aux policiers: «Je ne l’ai pas tué».

Sauf qu’il ne regrette son geste…
Non, mais il ne l’a pas tué. Encore là, il a le cul sur la clôture. Il ne l’a pas tué, il ne lui a pas enlevé la vie.

Ce qu’il a fait est pire.
Oui, oui. C’est pire. Ça ne se justifie pas, mais ça s’explique. Lemaire a envie d’attaquer des enfants et Hamel était tellement enragé qu’il a voulu le torturer et le massacrer jusqu’à la date d’anniversaire de sa fille. Podz me répétais sans cesse: «N’oublie jamais, dans ta tête, ce que ce gars-là a fait à ta fille. N’oublie pas la peur que ta petite a dû ressentir, le sale quart d’heure qu’elle a passé, la douleur qu’elle a dû avoir, comment elle a dû freaker…».

Comment le tournage s’est-il déroulé avec Rose-Marie Coallier, qui incarne la fillette? L’avez-vous aidée pendant les scènes plus lourdes?
On l’a bien préparée, on la faisait rire tout le temps. Moi, j’étais tout le temps avec elle, je blaguais avec elle et je la calmais. C’est sûr que, pour la scène du bain, chaque fois qu’on coupait, elle pleurait et il fallait la consoler. On la consolait, on jasait avec elle et on repartait. Rose-Marie était adorable, ce n’était vraiment pas dur de l’aimer…

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Un commentaire


  1. Jocelyne Gauthier, 2 années il y a

    Un peu tard pour un commentaire, mais ce film est magnifique. Un réalisateur comme Podz (Daniel Grou) est indispensable pour la réussite d’une telle histoire, mais il lui faut aussi un acteur comme Claude Legault. Peu de comédiens peuvent jouer comme il le fait dans ce film. Il n’y a pas de mots, tout passe par ses yeux et son visage. Un homme tout simple mais un immense talent!