Top

[Critique] Crazy Heart, profondément humain

Benoit Bisson
Publié le: 21 janvier 2010 à 22:56 (Dernière mise à jour: 21 janvier 2010 - 22:56)

Crazy Heart, premier film scénarisé, réalisé et produit par Scott Cooper, mettant en vedette Jeff Bridges, Maggie Gyllenhaal, Robert Duvall et Colin Farrell, prend l’affiche au Québec demain, 22 janvier.

Photo: Lorey Sebastian – © Fox Searchlight – Tous droits réservés

Le film Crazy Heart () nous raconte l’histoire de Bad Blake (Jeff Bridges), un chanteur country qui, s’il fut très populaire il y a de cela bien des années, est maintenant un has-been alcoolique qui se trimballe de trou perdu en trou perdu à travers le sud-ouest américain, interprétant ses vieux succès devant un public qui s’accroche autant que lui à ce passé, comme on s’accroche à de vieux rêves.

La vie de Blake va changer quand une journaliste, Jean (Maggie Gyllenhaal) va l’interviewer. Entre les questions qui le forcent à se regarder plutôt qu’à blâmer le reste de l’univers pour ses malheurs, et les sentiments qu’il commence à éprouver pour Jean, il se retrouve, à 57 ans, confronté à sa vie telle qu’elle est. Quelques incidents qui auraient très bien pu être dramatiques bouleverseront encore plus sa vie, mais lui donneront aussi la chance de faire des choix déterminants pour son avenir.

Je sais, ce synopsis peut vous sembler un peu flou. Je vous assure que c’est tout à fait volontaire. Je tenais à éviter les détails trop précis, question de ne pas gâcher la sauce, car on prend véritablement plaisir à découvrir Bad Blake. Scott Cooper est d’abord un acteur avant d’avoir choisi de devenir scénariste, réalisateur et producteur, et il nous livre ici une denrée rare de nos jours: un film d’acteurs.

Certes, les magnifiques paysages du sud-ouest américain sont à couper le souffle, et ne rendent que plus prenante la déchéance de Bad Blake, rendu merveilleusement par un Jeff Bridges qui nous livre ce que je n’hésiterais pas à qualifier du meilleur rôle de sa carrière. Il n’a d’ailleurs pas hésité à prendre 25 livres pour le rôle. Combinez cette métamorphose physique à des plans de caméra particulièrement peu flatteurs de Scott Cooper, et vous avez devant vous une loque. La prestation pourrait facilement devenir caricaturale, si ce n’était de la qualité du jeu de Bridges, de la pertinence du scénario de Cooper et de tous les détails qui rendent plus vraie que vraie la vie de ce musicien: les shows dans des salles de quilles et autres bars miteux, le public des spectacles, des gens usés par la vie qui viennent voir celui qui était une star quand eux rêvaient encore d’une vie idéale, les musiciens qui accompagnent Blake pour ces spectacles, des musiciens locaux, qui ont encore des rêves, et qui admirent encore celui qui a oublié qu’il a du talent au fond d’une bouteille.

Maggie Gyllenhaal est aussi remarquable dans sa prestation, même si – côté scénario – le flou entourant ses épreuves passées aurait pu être mieux ficelé. Elle est le déclencheur pour Bad Blake, celle qui l’amènera à faire ce qu’il n’a pas fait depuis des années, se regarder en face. Elle est crédible en journaliste d’un petit journal local, en mère de famille éprouvée par la vie. À la différence du personnage de Blake, elle croit encore en l’avenir, même si elle l’approche avec une méfiance et une prudence qui frisent l’excès.

Il y a un élément du film qui est tout aussi important que ses acteurs: la musique. J’irais jusqu’à dire que la musique EST un personnage du film tellement elle est en finesse et en nuances, que l’on pense aux chansons qu’interprète Bad Blake ou à la trame sonore qui nous livre autant d’émotions que les personnages eux-mêmes. Composée par le grand T Bone Burnett et Stephen Bruton, la musique n’est pas que country, ou du moins, pas du country classique ou du country commercial comme on nous livre à la radio. C’est un country qui pourrait tout aussi bien être un blues, avec cette même richesse d’émotions, cette même humanité.

Crazy Heart n’est pas un film à consommation rapide. Il faut prendre le temps de plonger dans la vie de ces personnages, prendre le temps d’apprécier la richesse de l’ordinaire, sans artifices. On devine la passion qui y a été investie. Oui, si l’on veut être critique et le moindrement objectif, on trouve quelques faiblesses, on souhaite une fin moins en accéléré, mais dans l’ensemble, on savoure. Et l’on souhaite que Scott Cooper ne soit pas récupéré par une machine hollywoodienne qui est à des années-lumières d’une telle authenticité, à l’exception de gens comme Clint Eastwood quand il nous livre un Gran Torino.

Cote: ★★★★★★★★☆☆ 


Partager:
  • Wikio FR
  • Scoopeo
  • Facebook
  • MySpace
  • Technorati
  • Twitter
  • Digg
  • del.icio.us
  • MSN Reporter
  • Yahoo! Bookmarks
  • Google Bookmarks
  • Print
  • email

NOTE: Ce texte, comme tous ceux de LeBuzz.Info, est soumis à la loi sur le copyright et les droits d'auteur. Toute reproduction (hormis une brève citation en précisant la source et l'auteur, incluant un lien vers le texte cité) sans l'autorisation expresse de l'auteur est interdite.


 

« PRÉCÉDENT
[Critique] Extraordinary Measures manque d’émotion
SUIVANT »
[Critique] La fée des dents: méchant navet!


Qu'en pensez-vous?

Faites-nous part de vos commentaires!

Trackback: http://lebuzz.info/2010/01/44928/critique-crazy-heart-profondement-humain/trackback/

Bottom