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[Critique] The Book of Eli, à la fois caricatural et subtil

Benoit Bisson
Publié le: 15 janvier 2010 à 8:41 (Dernière mise à jour: 15 janvier 2010 - 8:41)

The Book of Eli, est présenté en version française au Québec sous le titre Le livre d’Élie. Le film réalisé par Albert et Allen Hughes, met en vedette Denzel Washington, Gary Oldman, Mila Kunis et Jennifer Beals. En voici notre critique.

Denzel Washington dans The Book of Eli
© Warner Bros – Tous droits réservés

The Book of Eli () se situe dans un avenir pas trop lointain, 30 ans après la dernière guerre, un homme marche seul à travers les ruines de ce qui a déjà été les États-Unis. Villes vides, autoroutes détruites, terre brûlée… tout autour de lui est la preuve d’une destruction catastrophique. Aucune civilisation. Aucune loi. Les routes appartiennent désormais à des gangs qui n’hésitent pas à tuer un homme pour s’emparer de ses chaussures, de l’eau qu’il transporte ou simplement pour le plaisir.

Mais ce voyageur n’est pas comme les autres. Guerrier par nécessité et non par choix, Eli (Denzel Washington) ne veut que la paix. Et il est aussi capable de mettre ses adversaires hors d’état de nuire avant même qu’ils réalisent ce qui leur arrive. Mais ce n’est pas sa vie qu’il protège aussi férocement. Il protège l’avenir, un avenir qu’il défend depuis 30 ans et qu’il est bien décidé à voir se réaliser. Guidé par cet engagement et par sa foi en quelque chose de plus grand que lui, Eli fait ce qu’il faut pour survivre et continuer d’avancer.

Un seul autre homme comprend le pouvoir que détient Eli et est bien déterminé à se l’approprier. Carnegie (Gary Oldman) est le despote autoproclamé d’une bourgade composée de voleurs et de bandits armés. Pendant ce temps, Solara (Mila Kunis), la fille adoptive de Carnegie, est fascinée par Eli pour une autre raison: il lui offre un aperçu de ce qui existe au-delà du domaine régi par son père.

Voilà pour le synopsis du film. Si l’on fait dans la référence facile, on pense tout de suite à Mad Max, le premier, plus cru et moins spectaculaire que ses successeurs de la série. Sauf qu’Eli a un but bien précis: se rendre à l’Ouest, avec son livre, coûte que coûte. Et à chaque jour, depuis 30 ans, il lit son livre, il intègre le message qu’il livre. Sauf qu’au-delà de sa lecture, la réalité a fait de lui un combattant par besoin, un besoin de survivre, pour atteindre son objectif.

Les rencontres d’Eli avec Carnegie, puis avec Solara, seront déterminantes, tant pour rappeler à Eli son humanité, qu’il avait quelque peu oubliée dans sa détermination à atteindre son objectif, que pour Solara, qui n’a connu jusqu’à ce moment que l’esclavage sous le joug de son père adoptif. En effet, elle n’est pour lui qu’un outil de plus pour manipuler ses hommes, et si elle a un niveau de vie un peu supérieur aux autres gens de la bourgade que dirige Carnegie, c’est beaucoup à cause de sa mère, Claudia, la maîtresse de Carnegie.

Le film est très contemporain dans son propos, alors que le pouvoir de la foi est mis en opposition à celui de la religion, avec tout ce que cela peut engendrer de violence. Les forces du film sont avant tout dans ses subtilités, dans des phrases qu’il faut saisir au vol, dans le non-dit de regards ou d’attitudes, dans des détails du décor comme cette vieille affiche du film A Boy and his Dog entrevue dans une pièce où Oldman retient Eli en ‘invité’ malgré lui pendant un temps. Ses faiblesses sont surtout dans les moments d’excès, dans des scènes de combat où l’on se demande comment un type ordinaire a pu développer une adresse quasi-surhumaine, ou encore quand Carnegie, assiégant Eli et Solara dans une maison où ils se terrent en compagnie de deux autres survivants, alors que les explosions et l’artillerie utilisée font un peu dans la démesure. Mais bon, ironiquement, c’est aussi un bon moment du film, l’un des rares où l’on a l’occasion de rire. Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas risquer de gâcher votre plaisir.

Au bout du compte, The Book of Eli est à voir. Ce n’est pas un film où l’on s’évade; c’est plutôt un film qui nous absorbe, en autant que l’on veuille jouer le jeu. Une parenthèse, qui n’a rien à voir avec le film proprement dit: aux bonzes québécois qui s’occupent de la sacro-sainte francisation des titres de films, quand un élément très spécifique dans une oeuvre nous montre, par écrit, que le nom du personnage est Eli, auriez-vous l’amabilité de respecter suffisamment l’oeuvre pour ne pas le transformer en Élie juste parce que ça vous chante?

Cote: ★★★★★★★½☆☆ 


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Commentaires

5 commentaires pour “[Critique] The Book of Eli, à la fois caricatural et subtil”
  1. kokenagen dit :

    Ce n’est que moi ou le jeu d’acteur de Denzel ne change tellement pas qu’on s’en lasse? Je sais qu’il a joué dans d’autres films avant Malcolm X mais de mémoire, je crois que c’est le film qui l’a fait connaître au grand public. Ce film et le film Philadelphie avec Tom Hanks. Depuis, on dirait que tous ses films sauf peut-être Hurricane et Man on fire sont du pareil au même. Je ne parle que pour ma paroisse, mais c’est rendu que juste voir Denzel jouer à l’écran m’énerve. À tel point que l’histoire écope.

    Je ne suis pas dupe, je sais qu’où il y a homme il y a de l’hommerie ; Nous n’avons qu’à regarder ce qui se passe à Haïti avec leurs pilleurs alors que les gens ne savent plus où se tourner. Dans tous les films qui sont à l’image de la fin du monde, l’homme est capable du pire et on force la dose comme si la majorité de la population attendait ce moment crucial pour devenir animal prêt à tout pour la moindre richesse sans plus aucune civilité. C’est en partie vraie lorsqu’il s’agit de survie mais dans ce film, tout est un prétexte à la possession de bien matériel. On a rallié besoin en contexte de survie totale d’après-guerre et une foi quelconque à un livre et ce protecteur de livre quelconque… prêt à tout pour l’ineffable dualité entre ce qu’est devenu le monde et ce que pourrait être le monde. Et tout ça, dans une foi aveugle du livre. C’est presque religieux! Agrémentez ça d’un peu de violence et on en fait un film à grand budget. Comme un jeu vidéo quoi! On apporte le contexte, un héro, un élément rassembleur et voilà nous avons une histoire.

    Denzel négocie environ 20 millions par film. Pelham 123 a coûté à produire 100 millions de dollars et Denzel en demande 20 millions. On s’entend qu’à lui seul coûte le 1/5 du film alors qu’ironiquement Travolta dans ce même film exigeait en rançon 10 millions de dollars… donc moitié moins ce que qu’en coûte réellement Denzel hihihi. Travolta a eu le même salaire que Denzel… le salaire de ces deux mega vedettes coûtent presque la moitié de la production et concluons alors qu’ils sont gage du succès de ces films malgré leur salaire exagéré. Le livre d’Eli en est un autre exemple; Denzel rapporte des sous, lui-même producteur de son film, il a l’attitude et la latitude d’être lui-même. Donc aucun risque, et le film va engendrer des profits par ceux qui sont peu regardant même si l’histoire manque à l’appel… C’est justement pourquoi je finis par en vouloir à Denzel ; Il remplit trop les carnets de commande de cette manière!

    Mais tant qu’il rapporte de l’argent, ça ne changera pas, donc je n’ai grand poids sur ce qu’il fera comme film évantuellement et sa manière de jouer dans les films. C’est bien dommage!

  2. Le Vicomte dit :

    Messire Bisson,

    J’ajouterai à votre critique la superbe réalisation du monde, dont les images m’ont évoqué une tragédie bien plus crue que celle de Mad Max, film exceptionnel au demeurant.
    Pour les combats, en effet, Denzel « Éli » Washington est presque un super-héros. Mais j’ai laissé passer en mettant cela sur trente années de survie « au nom de la Foi ».
    J’ai, par ailleurs, trouvé le premier d’entre eux très beau visuellement, mêlant les ombres, et la lumière, avec une petite touche d’inspiration manga…

    Bien à vous,

    Le Vicomte.

    • Benoit Bisson dit :

      Tout à fait d’accord avec vous pour la beauté du premier combat. Par contre, je ne suis pas convaincu pour le monde et la tragédie qui a frappé. Plus cru que Mad Max, certes, mais les couleurs dominantes y mettent un accent d’espoir. Pour une véritable vision post-apocalyptique, The Road est beaucoup plus juste.

  3. Constanti dit :

    J’aimerais apporter un autre élément à votre compréhension du film. On constate lorsque le soleil éclaire les yeux de Denzel qu’il a des yeux d’aveugle. Il dit aussi: “C’est la foi qui guide mes pas” et “C’est avec la foi que l’on voit réellement les choses”.
    C’est à mes yeux une note un peu amère… On voit aussi dans la ville qui s’est développée(celle de la fin)qu’il y a déjà le Coran et la Torah, et le livre de la bible dépasse les deux autres en hauteur sur l’étagère. De même on peut supposer que si Solara a survécu, c’est parce qu’elle est restée vierge/pure. Ce film est truffé de prosélytisme religieux et moralisateur et et pour être honnête, quand j’ai été le voir avec mes amis, on s’est juste amusés à débusquer les nombreuses références.

  4. Christie Cunningham dit :

    Le titre du film ‘The Book of Eli’ en anglais fait référence au prophète ELI dans la Bible…c’est sûre que ce nom a été choisi pour être symbolique et représenter ce prophète de la Bible. Et, ce nom en français est ELIE.

    Example, si un film en anglais s’appelle ‘The Mona Lisa’, est-ce que la traduction serait ‘Le Mona Lisa’ ou ‘La Jaconde’ ?

    Je ne crois pas que c’était à cause des québecois et leur sacro-sainte francisation….

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