Mirador, LA nouvelle série à suivre cet hiver à Radio-Canada
Publié le: 9 décembre 2009 à 16:59 (Dernière mise à jour: 12 décembre 2009 - 11:25)
La nouvelle télésérie Mirador, écrite par Daniel Thibault et Isabelle Pelletier et réalisée par Louis Choquette nous entraîne dans les coulisses d’un cabinet de relations publiques dont l’équipe de gestion de crise voit à sauver les meubles lorsque qu’un scandale éclate. Mais à quel prix?
Patrick Labbé pose pour un photographe, mais que se prépare à lui faire David La Haye?
Photo © Lebuzz.info/Benoit Bisson – Tous droits réservés
Mirador nous plonge au coeur du merveilleux monde des relations publiques, du spin, du sauver la face à tout prix. Comme prémisse de départ, c’est du bonbon: on peut littéralement toucher à toutes les sphères de la société, du showbiz à la politique en passant par le monde des affaires. Cependant, si le sujet à lui seul peut s’avérer intéressant, les auteurs ont eu l’intelligence d’y intégrer un pendant humain. Situons un peu l’entreprise et les principaux protagonistes: le cabinet Mirador est dirigé par Richard Racine (Gilles Renaud). Son fils Philippe (Patrick Labbé) est responsable de la cellule de crise, tandis que son frère Luc (David La Haye) est membre de la cellule de crise et responsable des relations médias. Au cours du premier épisode, c’est en fait Luc qui est responsable de la cellule de crise puisque Philippe est disparu du décor pendant six mois. On apprend que le dernier mandat dont il s’est occupé, où la victime d’un riche pervers dont il devait redresser l’image s’est suicidée, l’a complètement dégouté. Il a donc mis les voiles, question de faire le point sur sa vie. Évidemment, en partant sur un coup de tête, il a laissé derrière lui Véronique Laplace (Pascale Bussières), son amie de coeur, photographe au journal L’Observateur. Bouleversée par le départ de Philippe, elle a fini par se refaire un petit ami, Carl (Sébastien Delorme), ex-champion olympique de plongeon. Quand Philippe décide finalement de rentrer au bercail, c’est pour faire le boulot, mais à SES conditions, humainement et proprement. Évidemment, le parcours qu’il s’est tracé ne sera pas sans embûches.
Le reste de l’équipe de Mirador que l’on découvrira rapidement est constituée de Chantal Boutin (Catherine Trudeau), chargée de projet qui en a toujours trop sur les bras et qui est surnommée par Luc Chtaboutte. Alexandre Dalphond (Steve Laplante) est spécialiste en rétroaction et analyse médias. C’est l’intello, le nerd, le geek. Geneviève Mallard (Marie-Ève Milot) est coordonnatrice, très efficace, mais n’allez pas lui dire: c’est une insécure chronique! Enfin, au quatrième épisode, nous découvrirons une autre coordonnatrice, Mylène Émard (Évelyne Brochu). C’est Luc qui l’a présentée à Philippe, et quand on sait que Luc est jaloux de son frère et prêt à tout pour lui mettre des bâtons dans les roues, on peut se demander ce que nous réserve la belle…
Mirador promet, pour bien des raisons. Premièrement, les scénarios de Daniel Thibault et Isabelle Pelletier sont très bien rythmés et – Alleluiah! – les dialogues respirent de spontanéïté. Mieux encore, ils dosent merveilleusement bien l’élément humain des personnages à chaque intrigue, qui est bouclée en un seul épisode. La continuité se situe donc au niveau des relations humaines de l’équipe de Mirador, tandis que le contexte d’intervention change d’épisode en épisode. Si c’est courant chez nos voisins du Sud – je pense notamment à des émissions telles que SVU ou Criminal Minds – ça l’est moins chez nous, et Mirador le fait très bien. Les comédiens sont excellents dans leurs rôles respectifs. Patrick Labbé incarne le calme et l’humanité, avec de fréquents questionnements, mais ne perdant pas de vue sa conscience retrouvée. David La Haye… Que dire de sa prestation sinon que l’on prend un malin plaisir à le détester et à souhaiter le voir se planter. En baveux, fendant, baragouinant un franglais qui fait suer, David est brillant. L’autre qui a retenu mon attention, c’est Catherine Trudeau. Peut-être parce que j’ai déjà eu à travailler avec quelqu’un qui devait être la jumelle du personnage qu’elle incarne: paquet de nerfs, stressée donc stressante. Pas méchante, mais elle est tellement à fleur de peau que l’on se dit qu’un rien la fera sauter.
Louis Choquette est un excellent chef d’orchestre, er, réalisateur. Visuellement, il insuffle une très belle dynamique à Mirador. On a beau être à Montréal, et s’y reconnaître, on a pas l’impression de petitesse qui ressort souvent dans ce qui est tourné ici. On est dans la cour des grands: une grande ville, un grand cabinet, tout l’environnement visuel fait vrai et nous est présenté de façon vivante, vibrante. Autre élément que j’ai particulièrement apprécié, la musique originale de Christian Clermont, qui cadre parfaitement au tout. En fait, quand j’y pense, c’est ça qui m’a le plus impressionné de Mirador: tout fait vrai. Alors oui, dès le 6 janvier, j’embarque!
Je suis toujours étonné quand je découvre une télésérie québécoise qui a une facture visuelle digne des grandes téléséries américaines, alors qu’elle est produite avec un budget nettement inférieur à n’iimporte quelle série à l’affiche aux États-Unis. Dans le cas de Mirador, on parle de 710 000 $ par épisode. Si ça vous semble beaucoup, sachez que chez nos voisins du Sud, selon des données qui datent déjà de quelques années, on sait qu’une télésérie américaine peut compter sur un budget moyen oscillant entre 1,5 et 2 millions par épisode. Alors, pour arriver à des résultats comparables avec moins de la moitié des budgets, les artisans de nos téléséries et nos acteurs doivent mettre les bouchées doubles, travailler avec un calendrier de tournage extrêmement serré, avec des horaires infernaux. Il faut tout condenser, tout compresser, penser à chaque plan qui impliquera des coûts additionnels – scènes en voiture, locations, etc. – et arriver, en bout de ligne, à livrer la marchandise. Et le pire, selon moi, c’est que comme ceux qui financent les productions voient un produit fini d’aussi bonne qualité, ils doivent se dire «Notre modèle de financement est parfait, regardez ce qu’ils arrivent à faire avec!» Si l’on veut du contenu produit ici, avec les artisans et les acteurs d’ici, il va falloir un jour se décider à se donner les moyens de nos ambitions, ou se résigner à regarder des reprises de jeux télévisés américains (produits au coût de 700 000 $ en moyenne par épisode), ou encore d’autre émissions de télé-réalité américaines (entre 800 000 $ à 2 millions $ par épisode). Dites-vous bien que pour chaque série américaine que nos télés achètent, c’est de l’argent qui part d’ici pour enrichir des producteurs d’ailleurs. Et si, pour faire changement, on mettait les budgets ici pour que ce soit NOS séries qui s’achètent ailleurs, ça ne serait pas bien?
Mirador
Diffusion: Débute mercredi, le 6 janvier, à 21 heures
Interprètes: Patrick Labbé, Pascale Bussières, Gilles Renaud, David La Haye, Évelyne Brochu, Catherine Trudeau, Steve Laplante, Marie-Ève Milot, Sébastien Delorme
Réalisateur: Louis Choquette
Scénario: Daniel Thibault et Isabelle Pelletier
Musique originale: Christian Clermont
Production: Encore Télévision et Sphère Média Plus
Site officiel: Mirador
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