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[Entrevues] Noémie le secret: la difficile compétition avec Hollywood

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 6 décembre 2009 à 13:00 (Dernière mise à jour: 11 décembre 2009 - 4:37)

Noémie: le secret sort dans les cinémas du Québec le vendredi 11 décembre prochain, en pleine période des blockbusters de Noël. Le film de Frédérik D’Amours avec Camille Felton, Rita Lafontaine et Marina Orsini, d’après le personnage de Gilles Tibo, peut-il rivaliser avec Walt Disney ou même Avatar?

[Entrevues] Noémie le secret: la difficile compétition avec Hollywood

Une scène de Noémie: le secret
© Films Séville – Tous droits réservés

Noémie: le secret (), adaptation cinématographique des romans jeunesse de Gilles Tibo, est réalisé par Frédérik D’Amours et scénarisé par Marc Robitaille. Il met en vedette Camille Felton dans le rôle principal, ainsi que Marina Orsini, Rita Lafontaine, Raymond Bouchard, Paul Doucet, Nicolas Laliberté, Catherine Bégin et inclut aussi une participation des Grandes Gueules. Avec une date de sortie fixée au 11 décembre, Noémie, le film, se retrouve en compétition directe avec La princesse et la grenouille des studios Walt Disney puis, les semaines suivantes, avec des gros canons tels que le Avatar de James Cameron ou Alvin et les Chipmunks.

Du coup, on ne peut que se poser la question: dans un contexte pareil, le cinéma québécois peut-il lutter avec Hollywood? C’est le sujet que que nous avons abordé avec Frédérik D’Amours, le réalisateur de Noémie, Marc Robitaille, le scénariste et Gilles Tibo, l’auteur des romans. Et nous avons aussi examiné cet aspect des choses avec Marina Orsini et Paul Doucet, qui incarnent les parents de la petite Noémie.

Frédérik D’Amours explique que l’équipe de production a eu un choix difficile à faire en fixant la date de sortie de Noémie: le secret. Car, à cause de sujet du film et de l’atmosphère qui s’en dégage, c’est indéniablement un film de Noël, période de présentation de blockbusters américains. «La date de sortie a toujours été pensée en fonction du temps des Fêtes car c’est un film heureux, réjouissant, qui fait passer le public par une gamme complète d’émotions et, en plus, qui comprend un élément d’aventure. Noémie se prête parfaitement au temps de Noël» souligne le réalisateur, en ajoutant qu’il a été question, à un moment donné, de sortir Noémie en juillet. «Mais là», rappelle-t-il, «on se serait battu contre Harry Potter!», un problème insurmontable!

Lucide, il mentionne: «Sortir des films au Québec, c’est toujours extrêmement difficile, peu importe la date choisie. Noémie est tout d’abord en compétition avec La princesse et la grenouille et après avec Avatar, puis contre Alvin et les Chipmunks! Nous savons donc que Noémie ne sera pas numéro 1 au box-office». Mais il demeure optimiste en raison du changement d’attitude du public québécois. Alors qu’il y a quelques années, les cinéphiles ne voulaient absolument pas aller voir des productions made in Québec, la tendance s’est inversée. Pour Frédérik D’Amours, cela s’explique par le fait que les réalisateurs québécois se sont mis à toucher plusieurs genres, et à plaire à un public plus important, d’où le succès de longs métrages tels que De père en flic, Les doigts croches ou encore À vos marques… party!. «Ce qui est le fun maintenant, c’est que les gens vont se demander s’ils vont voir Noémie ou Walt Disney, alors qu’avant, ils ne se posaient même pas la question».

Et l’argent?

Pour Paul Doucet, le premier défi est de convaincre les exploitants des salles de cinéma. Ce sont eux, en effet, qui décident du nombre de salles dans lesquelles Noémie: le secret sera présenté. «Quand Avatar va prendre l’affiche, que se passera-t-il?» demande-t-il. «Dans combien de salles verrons-nous Noémie? Le premier combat est là: d’espérer que les exploitants aiment et croient suffisamment en Noémie pour le mettre à l’affiche». Parallèlement, comme l’explique Frédérik D’Amours, au-delà de la qualité d’un film, c’est le budget qui pose problème: «On doit se battre avec des films qui bénéficient de budgets de promotion de 25 millions».

Une situation qui n’échappe pas à Marina Orsini. Pour l’actrice, «il y a, depuis une dizaine d’années, une prise de conscience de l’industrie du cinéma québécois. On s’est rendu compte que, pour faire la promotion d’un film, il faut avoir autant d’argent que pour le produire». Car l’interprète de la mère de Noémie est parfaitement consciente que le marketing est un élément clé du succès d’un long métrage. «Il faut des affiches, des billboards!» s’exclame-t-elle, «si le public n’a pas le film dans la face, il n’ira pas le voir». Elle se dit d’ailleurs particulièrement heureuse de constater que, désormais, «quand on entre dans un cinéma, les affiches des films québécois sont aussi grosses que celles des productions hollywoodiennes».

De nos jours, la mise en marché d’un film comme Noémie: le secret passe par différentes stratégies de communication. Le concours organisé pour trouver l’interprète de la chanson thème du film «nous a permis de taquiner le public et de sortir une pièce à la radio» souligne Marina Orsini qui l’a d’ailleurs enregistrée avec la jeune Ève Dallaire. D’un point de vue strictement promotionnel, c’est une bonne chose que Noémie, le film, soit le produit dérivé de romans jeunesse à succès. «Noémie est une vedette qui change de médium» souligne Gilles Tibo qui a pu constater, lors du Salon du livre de Montréal du mois dernier, à quel point les fans de ses romans attendaient le long métrage. «Nous bénéficions déjà d’un bassin de 100 000 enfants qui connaissent la fillette». Et Paul Doucet de rappeler des initiatives de marketing, telles que le site Internet interactif de Filière 13, film dans lequel il joue et dont le tournage avait fait l’objet de capsules quotidiennes.

Mais, malgré tout, il n’y a pas de secret comme l’indique Marina Orsini. Le budget accordé à la promotion fait désormais partie intégrante de la production d’un film. «Ce qu’on fait ici est extraordinaire, compte tenu du peu d’argent dont on dispose. Et ça nous ramène à une question: “Est-ce que ça prend vraiment des centaines de millions de dollars pour faire un James Bond?”» ajoute-t-elle, non sans humour. «Au Québec, nous avons l’exigence de nos budgets» assène-t-elle. Mais cela ne l’empêche pas de saluer le travail réalisé et de demeurer confiante. «Nous n’avons rien à envier aux américains. Nous avons le talent, de même que la capacité de faire du visuel et des effets spéciaux. Ce qui nous limite, ce sont les budgets, mais regardez ce que nous avons réussi à faire avec Noémie. C’est du Harry Potter, c’est du Walt Disney! Wow!».


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