[Entrevue] Patrick Senécal et Eric Tessier nous accueillent au 5150, rue de Ormes
Publié le: 8 octobre 2009 à 4:43 (Dernière mise à jour: 9 octobre 2009 - 5:18)
Avec 5150, rue des Ormes, Eric Tessier transpose, à l’écran, le roman de Patrick Senécal. Les deux hommes nous parlent du film, de ce décalage entre réalité et folie, et des personnages, incarnés par Marc-André Grondin, Normand D’Amour, Sonia Vachon et Mylène St-Sauveur.
Une scène de 5150, rue des Ormes
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5150, rue des Ormes (notre dossier – 5 extraits – notre entrevue de Normand D’Amour – notre critique) prend l’affiche demain, le vendredi 9 octobre. Ce thriller psychologique met en vedette Marc-André Grondin, Normand D’Amour, Sonia Vachon, Mylène St-Sauveur, Élodie Larivière, Normand Chouinard, Catherine Bérubé, Louise Bombardier, Pierre-Luc Lafontaine et René-Daniel Dubois. Patrick Senécal, auteur du roman et Éric Tessier, le réalisateur du long métrage, nous font pénétrer dans l’univers déjanté du film. Attachez vos ceintures… c’est parti!
Comment avez-vous choisi les acteurs de 5150, rue des Ormes?
Éric Tessier: Pour moi, la ligne directrice était la suivante: il fallait que ce soit vrai. Il ne fallait surtout pas que cette famille-là ait l’air d’une gang de psychopathes ni qu’elle soit une caricature. Il fallait qu’elle évolue dans la normalité la plus normale! C’est vrai! C’est vraiment ce qui a guidé mes choix. Pierre Évin, le producteur, avait travaillé avec Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y. et il avait un bon contact. En plus, Marc-André était impeccable pour jouer le rôle du jeune garçon, il avait le bon âge et ça faisait longtemps qu’il n’avait pas tourné au Québec. Et quand Pierre lui a envoyé le scénario, il l’a adoré. Nous sommes partis de là. Je dois dire que l’idée de Normand D’Amour est ensuite venue très très vite. Il avait joué dans mon premier film – il y avait un petit rôle – et je l’avais trouvé extraordinaire… j’aime sa voix et sa présence. Physiquement, le duo est très crédible, on voit bien que Yannick ne fera pas le poids face à Jacques. Ça tombait d’autant mieux que Normand venait d’avoir un grand succès avec Tout est parfait; nous ne lui avons d’ailleurs pas fait passer d’auditions. Nous avons simplement montré un screen test au distributeur et avons eu un ok immédiat. Sonia Vachon et Mylène St-Sauveur ont été un peu plus complexes. D’ailleurs, quand on regarde les différents sites Web, tout le monde critique un peu et donne son avis sur notre casting sans avoir encore vu le film. Mais la plus grande surprise reste Maude [NDLR: incarnée par Sonia Vachon]. Dans le livre, Maude est vue comme une petite dame rachitique, rongée par les remords, amatrice de bondieuseries, sèche, avec un regard sévère! Quand on fait un film, il faut savoir rester perméable à ce qui peut se passer, notamment lors des auditions. Quand Sonia est arrivée, elle m’a presque tirée les larmes des yeux. Mylène St-Sauveur aussi est parfaite!
Patrick Senécal: Elle n’a que 19 ans. Dans le film, Mylène n’est qu’une adolescente, mais il faut que le public voie que, dans sa tête, elle est plus vieille que ça. Elle est folle, mais, en même temps, elle possède une maturité dans sa folie.
Éric Tessier: On aurait pu choisir, pour le personnage de Michelle, une fille tough, gothique. Mais là, nous créons un décalage entre la réalité et la folie. Plus les membres de la famille auront l’air normaux, plus le décalage va être grand, plus le public va rire ou être surpris, et plus ce qu’on voit à l’écran va marcher.
À votre avis, Beaulieu est-il un justicier à la Batman ou un psychopathe fini?
Patrick Senécal: [Rires] Il se prend pour un justicier à la Batman. Il se voit en chevalier du bien. Mais oui, c’est un psychopathe. On ne peut pas adhérer à cette logique, qui en est une d’extrême-droite. Quand on y pense, tous ces gens-là sont convaincus d’avoir raison. Maude a le Bon Dieu de son bord et Beaulieu pense qu’il a la morale du sien. Quand on justifie ses actions comme ça, tous les excès sont permis et tout est noir ou blanc. La vie, ce n’est pas comme ça. Même si on ne peut pas être d’accord avec ce que fait Beaulieu, il faut quand même avouer qu’il est logique dans ses choix.
Avez-vous réécrit des séquences ou des dialogues pendant le tournage?
Éric Tessier: Non, pas du tout. Le tournage de 5150, rue des Ormes a été le plus smooth de toute ma vie. Je ne sais pas trop comment décrire l’ambiance. Il y avait une espèce de sérénité, de paix, sur le plateau. C’est peut-être le fait que j’avais tellement travaillé l’histoire et que je savais exactement vers quoi nous allions.
Patrick Senécal: Éric contrôlait l’environnement parfaitement. La maison qui sert de décor a été construite spécialement pour le film.
Éric Tessier: C’était étonnant. Il n’y a jamais eu de remise en question pendant le tournage.
Ce que j’ai apprécié de 5150, rue des Ormes a été le décalage entre le fond et la forme…
Éric Tessier: Patrick ne prend pas le public pour des idiots. On comprend les situations, les personnages, les conflits, les motivations. On comprend que Michelle veut s’affranchir, qu’elle est malheureuse.
Puisque nous parlons du personnage de Michelle, j’ai eu l’impression qu’elle était bien dans cette situation, qu’elle n’est pas en révolte…
Éric Tessier: Au départ, non. Mais elle n’est pas capable de suivre son père.
Patrick Senécal: Elle est incapable de faire du mal à quelqu’un si elle n’a aucune raison de le faire. Michelle fonctionne de manière animale, en mode survie. Elle agit en fonction d’une action, suivie d’une réaction. Elle n’a besoin d’aucune justification. Elle ne tue personne avant la fin du film. Et elle ne le fait que parce que sa sécurité est menacée et c’est à ce moment-là qu’elle devient dangereuse, parce qu’elle n’a aucun code moral.
Éric Tessier: C’est drôle parce que, là, on parle de Michelle, mais on pourrait passer autant de temps sur chacun des personnages!
Patrick Senécal: Oui, ils suivent tous une courbe ascendante et c’était très important pour nous. Et ce qui est intéressant, c’est qu’on puisse discuter autant de chacun des personnages.
Mais, dans ce cas, n’avez-vous pas peur que le film soit trop «profond» ou trop «intello»?
Patrick Senécal: À chaque fois que j’écris quelque chose, oui c’est toujours violent, mais je fais toujours confiance à mes lecteurs. Ce n’est pas parce que c’est un film de genre que ça doit être con et que le public ne doit pas réfléchir. Et, si mes romans ont autant de succès, c’est que les lecteurs apprécient la psychologie des personnages. C’est aussi ce qui intéressait Éric. 5150, rue des Ormes, ce n’est pas simplement l’histoire d’un fou qui tue du monde.
Éric Tessier: Mais effectivement, l’adolescent qui va aller voir le film en se disant que c’est un slasher risque d’être un peu déçu, ce n’est pas Saw. Par contre, mon père, qui n’aime pas la série des Saw, va aimer 5150, rue des Ormes!
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Mais effectivement, l’adolescent qui va aller voir le film en se disant que c’est un slasher risque d’être un peu déçu, ce n’est pas Saw.
C’est vrai , mais si on , se met a leur place.. eux qui essaie d’être normal , en se disant qu’il le sont .. On a l’impression de vivre un vrai cauchemard.