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*** Attention: spoilers ***

[Entrevue] Normand D’Amour dans 5150 rue des Ormes: profession, psychopathe

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 6 octobre 2009 à 14:45 (Dernière mise à jour: 9 octobre 2009 - 5:00)

Dans 5150, rue des Ormes, Normand D’Amour incarne Jacques Beaulieu, un chauffeur de taxi, qui s’est donné pour mission d’être un justicier. L’acteur, qui partage l’affiche avec Marc-André Grondin, Sonia Vachon et Mylène St-Sauveur parle de la psychologie de son personnage.

[Entrevue] Normand D'Amour dans 5150 rue des Ormes: profession, psychopathe

Une scène de 5150, rue des Ormes
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5150, rue des Ormes () est un thriller d’un genre très particulier, réalisé par Éric Tessier. Le scénario, adaptation du roman du même nom de Patrick Senécal, a été écrit par l’auteur lui-même, avec la participation du réalisateur. 5150, rue des Ormes prend l’affiche dans tous les cinémas du Québec le 9 octobre prochain. Dans le film, Normand D’Amour incarne Jacques Beaulieu, chauffeur de taxi psychopathe qui séquestre le jeune Yannick (Marc-André Grondin). L’acteur nous parle de son rôle et des motivations de son personnage.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le rôle?
Ce que j’aime de Beaulieu, c’est son sens du devoir. C’est un être intelligent qui n’a qu’une seule mission dans la vie: délester le monde de quelques problèmes. Et il fait sa propre guerre à tous ceux qui n’y ont pas leur place.

Ne pensez-vous pas que ce soit une excuse? Que Beaulieu ne soit qu’un psychopathe qui est tellement embarqué dans son délire qu’il ne se rend plus compte de ce qu’il fait?
Absolument. Beaulieu est persuadé d’avoir raison de faire ce qu’il fait, car personne d’autre ne peut s’en charger. À moins que quelqu’un ne le batte aux échecs – ce qui n’arrivera jamais -, il est convaincu de son raisonnement. Il est né pour ça.

Il ne se rend jamais compte de sa folie?
Beaulieu n’est pas fou. Oui, il se rend bien compte que ce qu’il fait ne correspond pas aux codes moraux de notre société, mais il va le faire pareil. Car les codes sont désuets et il faut aller plus loin pour faire évoluer la race.

Lors de la scène du jeu d’échecs grandeur nature, j’ai eu l’impression que Beaulieu réalise, à ce moment-là, son dérapage. Il comprend que ce qu’il fait est mal.
Oui, tout à fait. Et ce qui amène son dérapage, c’est Yannick. Je pense que, inconsciemment, Beaulieu attendait que Yannick vienne le dérégler. Quand j’ai dit ça à Patrick Senécal, il m’a répondu qu’il n’avait jamais écrit ça dans le roman! Mais c’est ce que je pense de mon personnage. Dans la vie, il arrive des choses qu’on a voulues, sans savoir qu’on les a voulues. Yannick arrive dans la vie de Beaulieu pour que ça s’arrête, parce qu’il n’en peut plus.

Décririez-vous votre personnage uniquement par son sens du devoir?
Il a une mission à accomplir: de délester le monde de ses problèmes. Il n’a probablement jamais réglé les siens d’ailleurs! [Rires]

Quelles sont les modifications qui ont été apportés à votre personnage lors de l’adaptation du livre au cinéma?
Il n’y a pas de changements qui ont été faits. Par contre, quand j’ai vu le film, j’ai trouvé qu’il manquait des explications pour le personnage de sa femme [NDLR: incarnée par Sonia Vachon]. Maude écrit tous les soirs à Dieu. Elle s’adresse à Dieu en lui disant qu’il lui a envoyé Jacques et qu’elle a confiance en lui.

La relation entre Beaulieu et sa fille aînée, Michelle, incarnée par Mylène St-Sauveur, est également extrêmement complexe.
Non, pas tant que ça. Jacques Beaulieu aurait aimé avoir un fils qui n’a jamais vu le jour à cause d’un médecin qui n’a pas fait sa job. Dans le livre, le médecin se ramasse d’ailleurs dans le sous-sol. Sa fille cadette, qui est comme ça à cause de lui, représente tout le mal qu’il a fait. C’est pour cela qu’il n’est pas capable de lui parler, ni de la regarder et qu’il la hait, elle lui rappelle ce qu’il est vraiment.

Je l’avais vue comme un témoin silencieux, une espèce de juge.
Exact. Elle est le miroir de tous les personnages. Donc, pour Beaulieu, c’est le mal qu’il fait.

Pour vous, l’aînée, Michelle, entretient quel genre de relation avec votre personnage? Est-ce un syndrome de Stockholm? Elle l’aime? Elle l’admire?
Elle l’aime et elle l’admire parce qu’il ne lui a rien caché depuis le début. Il lui montre ce qu’il fait depuis qu’elle a 11 ans. C’est un peu comme dans la télésérie Dexter. Le père se rend compte que son fils est étrange et il l’encourage, parce qu’il veut qu’il réussisse. C’est ce que Jacques Beaulieu essaye de faire avec sa fille, tout en sachant qu’elle n’en sera pas capable parce qu’elle n’est pas son fils.

Vous êtes-vous plongé dans la vie d’un psychopathe ou avez-vous fait des recherches avant le tournage?
Non, pas du tout. J’ai abordé Jacques Beaulieu comme un chauffeur de taxi, un père de famille qui, quand il est dans son sous-sol en train de découper les corps, pense à autre chose. Sinon, on y aurait moins cru. Il ne faut pas que ça paraisse que Beaulieu est un psychopathe.

Ça paraît quand même…
Pas dans la rue. Mais dès qu’il ferme la porte, oui. Si Yannick avait été un Juste, ou si, au contraire il avait été un Non-juste, ça aurait été différent. Yannick a été gentil avec sa fille, avec sa femme et c’est là que le dérèglement commence pour Beaulieu et de là, le fait de vouloir en faire son successeur et de le projeter comme étant le fils qu’il n’a pas eu.

Comment est Éric Tessier sur un plateau? Tout est-il réglé au quart de tour ou avez-vous eu une marge de manœuvre?
Dans ce genre de film, on ne peut pas improviser tant que ça. Sinon, je dois dire que j’ai eu autant de fun à tourner 5150, rue des Ormes que De père en flic. Il ne faut pas que le tournage d’un film comme celui-ci ce soit trop sérieux ou trop lourd. Le long métrage est déjà assez heavy comme ça! Avec Marc-André, nous sommes devenus amis en cinq minutes, on se parlait de hockey entre les prises! Et parfois, Éric nous ramenait à l’ordre et on partait! Marc-André n’a pas encore 10 ans de carrière et, pourtant, il est parfaitement capable de faire ça. C’est génial… j’adore travailler avec ce genre d’acteurs. On ne peut pas rester dans nos personnages tout le temps, il faut y entrer et savoir en sortir. Sinon, c’est là qu’on finit par être suivi par des psychologues. Combien de comédiens se font suivre parce qu’ils n’ont pas réglé leurs problèmes? À 47 ans, j’ai réglé pas mal de choses dans ma vie

Qui gagne le match?
Il n’est pas fini! [Rires] À cause de ce qu’il fait à sa fille, Beaulieu devient un Non-juste et c’est pour ça qu’il est «parti». Pourquoi pleure-t-il devant sa fille morte? Pas à cause du décès, il s’en câlisse. Il pleure parce qu’il est devenu un Non-juste. Il est passé de l’autre bord. Il vient de se rendre compte de l’ampleur de ce qu’il a fait.


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