Mélanie Laurent pour Inglourious Basterds: «C’est tellement rare d’avoir des rôles de femme aussi déterminée»
Publié le: 14 août 2009 à 4:25 (Dernière mise à jour: 17 août 2009 - 5:37)
Mélanie Laurent est en vedette de Inglourious Basterds, film de Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Diane Kruger, Mélanie Laurent, Christoph Waltz, Daniel Bruhl, Eli Roth. La jeune femme nous parle de son expérience de tournage et de ses projets.
Mélanie Laurent dans Inglourious Basterds
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Présenté à Cannes en mai dernier, où Christoph Waltz a d’ailleurs remporté le Prix d’interprétation masculine, Inglourious Basterds raconte l’histoire d’une jeune femme juive, Shosanna Dreyfus, qui est témoin de l’exécution de sa famille par le colonel Hans Landa (Christoph Waltz). La jeune fille s’échappe et s’enfuit à Paris, où elle se forge une nouvelle identité en tant que propriétaire et exploitante d’un cinéma. Parallèlement, le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) est à la tête d’un groupe de soldats juifs qui commettent des actes de représailles contre les forces allemandes. Connus par leur ennemi sous le pseudonyme “The Basterds”, les hommes de Raine joignent leurs forces à celle de l’actrice allemande et agent secrète Bridget Von Hammersmark (Diane Kruger) pour tenter de supprimer les dirigeants du Troisième Reich. Le destin les fait converger vers le cinéma où Shosanna est sur le point de se venger…
Inglourious Basterds (notre dossier complet – l’entrevue de Quentin Tarantino), prochain film de Quentin Tarantino, prend l’affiche au Québec le 21 août prochain sous le titre Le commando des bâtards. En France, le long métrage sortira le 18 août.
LeBuzz.Info – Qu’est ce qui vous a poussé à accepter le rôle de Shosanna Dreyfus, cette jeune juive qui échappe aux nazis et qui finit ensuite par tuer tous les chefs du régime en brûlant le cinéma dont elle est propriétaire?
Mélanie Laurent – C’est tellement rare d’avoir des rôles de femme aussi déterminée et à la fois très féminine – ce qu’elle est pendant toute la fin du film, par exemple. C’est un rôle à la fois de femme fatale, de femme guerrière, qui se fait respecter, qui a les mêmes idées que les hommes du Commando des Bâtards, qui va au bout des choses et qui n’a peur de rien. Souvent, nous, les actrices, avons des rôles de mères, de jeunes filles perdues, ceux d’adolescentes sont presque toujours les mêmes, ou on joue souvent la copine de quelqu’un ou la femme d’untel. Il y a un ou deux beaux rôles par an et j’ai été sous le choc [de découvrir celui de Shosanna Dreyfus] en lisant le scénario.
Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle?
Je ne suis pas préparée [Sourire]. Quentin Tarantino m’a, pour que je comprenne la pression que c’est d’être projectionniste, envoyée à Los Angeles pour apprendre à projeter des films, ce que je sais maintenant faire. Il m’a fait passer le test ultime au bout de 10 jours de me mettre dans un petit cinéma qui s’appelle le Beverly, et le public ne savait pas que j’étais en cabine. J’ai fait trois heures de projection… que j’ai réussie!! Je suis d’ailleurs très fière de cela. À Los Angeles, deux journalistes, qui sont aussi projectionnistes, m’ont dit qu’ils trouvaient mes gestes très précis dans le film.
Comment est Tarantino, le réalisateur? Qu’est-ce qui vous a marqué dans sa manière de fonctionner?
Son énergie débordante. Il prend au sérieux le fait qu’un film, ça se fait à plusieurs, que c’est une équipe et qu’on motive tout le monde. C’est un généreux. C’est aussi le plus grand cinéphile que j’ai jamais rencontré. C’est aussi le réalisateur qui aime, le plus au monde, faire des films.
Vous êtes aussi réalisatrice. Votre expérience derrière la caméra est-elle un avantage ou un inconvénient à votre jeu d’actrice?
Un avantage. Je m’éclate beaucoup plus depuis que j’ai réalisé des courts-métrages. Alors, oui, c’est un inconvénient aussi parce que je vais être beaucoup plus dure envers un réalisateur qui a des problèmes pendant un tournage. Je vais aussi mieux comprendre un cinéaste qui a des faiblesses. Je pense d’ailleurs qu’il y a un grand problème dans ce métier: les réalisateurs et les acteurs ne parlent pas le même langage. Souvent, ils ne comprennent pas et les expériences peuvent être très douloureuses, surtout au moment où on se trouve face à quelqu’un qui ne sait pas du tout vous parler. Je pense que, maintenant, que j’ai touché aux deux, chaque réalisateur devrait faire une semaine de comédie et chaque acteur devrait prendre la place d’un réalisateur. Cela aiderait à mieux se comprendre, parce qu’un réalisateur ne va pas comprendre certaines angoisses d’acteur et inversement. Et, à un moment, c’est fatiguant. L’acteur, c’est le corps, l’humain, le ressenti. Le réalisateur, c’est l’image, la mise en scène et de faire passer ce qu’il a dans la tête. C’est déjà difficile, pour n’importe qui, de se faire comprendre, alors de traduire ce dont on a envie à des égos différents… Pour en revenir à Inglourious Basterds, c’était touchant de me rendre compte que la vraie star c’est lui, Quentin Tarantino. Il n’y avait aucun égo d’acteur, tout le monde était tellement honoré d’être sur son plateau.
Avec Audrey Tatou et Marion Cotillard, vous êtes la troisième actrice française contemporaine à percer à Hollywood. Comment expliquez-vous cet engouement de l’industrie du cinéma américaine, habituellement fermée, pour les frenchies?
N’importe quelle actrice qu’on découvre et qui est absolument sublime, voilà, c’est la gloire. Après, elle fait d’autres choses… Mais il ne faut pas oublier que Audrey Tautou et Marion Cotillard ont été connues via des films français, ce n’est pas tout à fait la même chose dans mon cas. Là, avec Inglourious Basterds, je suis une française, qui joue un rôle de française, dans une production américaine. Après… je me méfie beaucoup de ce métier de manière générale, je suis très lucide. Un journaliste m’a dit qu’il pensait que je serais mise en nomination pour les Oscars, et je n’y crois pas deux secondes; je pense que ce n’est pas du tout un rôle à Oscar. Il faut calmer les choses. J’ai plein d’autres projets personnels que je veux mener à bien, mais je vis cela avec beaucoup de joie parce que ça n’est pas ce que je voulais faire. Je n’ai donc pas de pression…
Mais, pourtant, vous avez une carrière prolifique…
Ce que je veux dire, c’est que tout ce délire n’est pas quelque chose que j’envisageais. Quand je voyais Marion partir, se faire connaître de tout le monde, etc., j’étais hyper contente pour elle. Et j’étais hyper contente pour moi d’être là où j’étais. Il n’y a jamais eu de jalousie. Du coup, je vis tout cela en me disant: ‘Il n’y aura que ça comme expérience’, mais comme ce n’est pas quelque chose qui m’obsède, je me dis que ce n’est pas dramatique si ça s’arrête demain. Ce serait, par contre, très désagréable de vivre tout cela en attendant quelque chose et d’être, du coup, déçue.
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