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[Critique] Two Lovers: symphonie en Gray

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 3 avril 2009 à 4:48 (Dernière mise à jour: 3 avril 2009 - 5:36)

Two Lovers, le dernier long métrage de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini arrive enfin dans les cinémas du Québec.

[Critique] Two Lovers: symphonie en Gray

Elias Koteas, Gwyneth Paltrow et Joaquin Phoenix dans Two Lovers
© Magnolia Pictures – Tous droits réservés

Le tout dernier film de James Gray, dont la promotion – et donc le succès en salle – a été sérieusement compromise par les différents errements de Joaquin Phoenix arrive enfin dans les salles de cinéma de chez nous. Le réalisateur, qui nous a précisé en entrevue avoir voulu «faire une espèce d’œuvre italienne des années 1950, qu’on aurait oubliée puis retrouvée par hasard» livre ici un long métrage qui raconte, avec beaucoup de finesse, les combats intérieurs de trois personnages principaux, Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix), Michelle Rausch (Gwyneth Paltrow) et Sandra Cohen (Vinessa Shaw).

Leonard, trentenaire mal dans sa peau, suicidaire et réfugié chez ses parents à la suite d’une peine d’amour, vivote en travaillant dans la teinturerie de son père. Il se traîne d’une journée à l’autre et rencontre Sandra, la fille du futur acheteur du commerce familial. Parallèlement, et par hasard, il fait aussi la connaissance de Michelle, sa voisine, désaxée, anticonformiste et surtout très belle (après tout, c’est quand même Gwyneth Paltrow). Poussé par tout son entourage à épouser Sandra, il goûtera néanmoins aux fruits interdits d’une romance avec Michelle…

[Critique] Two Lovers: symphonie en Gray

Joaquin Phoenix et Gwyneth Paltrow dans Two Lovers
© Magnolia Pictures – Tous droits réservés

Tourmenté…

Two Lovers n’est pas une histoire d’amour typiquement Hollywoodienne. C’est beaucoup plus : James Gray – sur un scénario co-écrit avec Richard Menello – fouille les moindres recoins de l’âme humaine, présentant l’Amour, celui avec un grand «A» d’un œil tourmenté. Car, pour le réalisateur, «l’essence du désir est la projection, sur les autres, de ce que nous pensons qu’ils sont. Nous tombons amoureux de ce que nous voulons voir, pas de la personne qui est en face de nous.» De fait, ces trois personnages passent leur temps à «courir après ce qu’ils ne peuvent avoir», essence, selon James Gray, de la nature humaine. Et autant Joaquin Phoenix, que Gwyneth Paltrow et, dans une moindre mesure, Vinessa Shaw, arrivent à faire passer toutes ces nuances et ces tourments intérieurs.

[Critique] Two Lovers: symphonie en Gray

Joaquin Phoenix et Vinessa Shaw dans Two Lovers
© Magnolia Pictures – Tous droits réservés

Two Lovers n’est pas un film facile dans la mesure où il ne tombe dans aucun des clichés conventionnels. Il demande une attention de chaque instant par qu’il ne berce pas, il n’emporte pas. Impossible, aussi, de s’identifier avec aucun des personnages et surtout pas avec Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix) qui flirte allègrement avec la méchanceté. «Avec Joaquin, nous avons poussé l’antipathie qu’on éprouve pour son personnage au maximum de ce qui était tolérable pour le public» nous explique James Gray.

[Critique] Two Lovers: symphonie en Gray

James Gray et Joaquin Phoenix sur le plateau de Two Lovers
© Magnolia Pictures – Tous droits réservés

Cynique?

Mais Two Lovers n’est pas qu’un examen de l’âme humaine, c’est aussi un film qui n’est pas exempt de cynisme. Notre «héros» passant d’une fille à l’autre sans vraiment se poser de questions morales. Vu par Sandra comme «gentil», Leonard est tout sauf cela. Mais il n’est pas, non plus, méchant… tout comme Michelle d’ailleurs. «Ce que j’ai tenté de faire avec la fin du film» nous confie James Gray, «est de la rendre inévitable. Elle est douce-amère» souligne t-il. «Le personnage de Gwyneth est une loque et sa relation avec Leonard n’aurait pas pu fonctionner. Mais, dans le même temps, elle a fait éclore son talent. Il y a toujours deux côtés à une médaille, et si vous voyez la fin comme étant cynique – ce qui n’est pas faux – c’est qu’elle joue aussi sur toute l’ambiguïté des rapports entre les personnages.»

Notre verdict? Two Lovers est une œuvre ni blanche, ni noire, c’est une symphonie en gris – en Gray pour faire un jeu de mots inévitable avec le nom du réalisateur –, une petite musique qui accroche, qui dérange et surtout qui pose une question fondamentale: peut-il y avoir amour sans tourment?

Cote: ★★★★★★★☆☆☆ 


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