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[Entrevue] Neil Gaiman: de Coraline à Graveyard Book… en passant par Sandman

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 6 février 2009 à 5:35 (Dernière mise à jour: 8 février 2009 - 10:10)

De passage à Montréal pour la sortie de Coraline (porté à l’écran par Henry Selick avec les voix, aux États-Unis, de Dakota Fanning, Teri Hatcher et au Québec de Catherine Brunet, Geneviève Brouillette et Jean-Michel Anctil), Neil Gaiman nous a accordé une interview dans laquelle il parle du roman et de ses projets.

[Entrevue] Neil Gaiman: de Coraline à Graveyard Book

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Neil Gaiman à Montréal, lors du junket de Coraline

Présente-t-on encore Neil Gaiman ()? Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, ce prolifique auteur britannique, est l’homme derrière, entre autres, Sandman, Graveyard Book, bientôt adapté au cinéma et pour lequel il a remporté le prix Newbery, il est également auteur de scénarios de films comme celui de Beowulf, producteur, etc.

Considéré par beaucoup comme l’un des plus grands noms de la littérature contemporaine, Neil Gaiman était à Montréal à l’occasion de la sortie du film Coraline sur les écrans nord-américains aujourd’hui, le 6 février. Nous l’avons rencontré et avons pu lui poser quantités de questions sur son œuvre, son travail et ses projets.

Dans la dédicace qui figure au début de Coraline, votre livre, vous écrivez que vous l’avez commencé pour Holly, votre aînée, et que vous l’avez terminé pour votre cadette, Maddy. Dois-je en déduire que la rédaction été un long processus?

Oui, la rédaction de Coraline a pris énormément de temps. J’ai commencé en 1990 alors que Holly avait cinq ans et que Maddy allait naître quatre ans plus tard. Je le rédigeais à mon rythme puisque je travaillais sur autre chose en même temps. Puis, en 1992, nous avons déménagé aux États-Unis; j’en étais alors au point où Coraline revient de l’autre monde pour la première fois. Et entre 1992 et 1998, je n’ai écrit environ que quatre pages dans lesquelles Coraline se promène dans la maison vide et appelle la police. J’ai alors décidé d’envoyer ce début de manuscrit à mon éditeur en lui disant que je n’arriverais jamais à le finir à moins qu’il ne se passe quelque chose. Elle a lu le début et m’a demandé ce qui arrivait après. Je lui ai répondu que la seule manière de le savoir était de me faire signer un contrat. J’en ai donc obtenu un pour une toute petite somme d’argent, mais, au moins, quelqu’un attendait la suite de l’histoire. Je me suis mis au travail et, au lieu de lire tous les soirs avant de me coucher, j’écrivais 50 mots, 60 ou 70 mots. Je n’écrivais ainsi qu’une page par semaine environ, mais au moins, j’avançais.

À l’époque, je travaillais en même temps sur American Gods – et je me suis dit que si je ne terminais pas quelque chose rapidement, je deviendrais fou! J’ai terminé Coraline et je l’ai envoyé à mon éditeur en lui précisant que je savais qu’American Gods était en retard, mais qu’elle pouvait publier Coraline. Elle m’a répondu que non, c’était bien American Gods qui sortirait en premier. [Rires] Il s’est donc écoulé 18 mois entre le moment où Coraline a été terminé et celui où il a été publié. C’est d’ailleurs pendant cette période que je l’ai envoyé à Henry Selick. Les gens ont le réflexe de demander à Henry pourquoi il n’a pas utilisé, comme point de départ, le visuel que Dave McKean a créé pour la première édition. C’est tout simplement parce qu’il a eu le roman bien avant sa parution!

[Entrevue] Neil Gaiman: de Coraline à Graveyard Book

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Neil Gaiman et Henry Selick pendant la production de Coraline

C’est donc vous qui avez choisi Henry Selick comme réalisateur de Coraline, le film?

Oui, je tenais à ce que je sois lui qui soit à la barre de ce projet. Une des choses importantes que j’ai faites au niveau de la production du film a été de lui conserver l’option qu’il avait sur les droits du roman, même après qu’elle ait expirée. Le livre était devenu un best-seller entre temps et de nombreux studios en voulaient les droits d’adaptation, mais j’ai laissé à Henry ses droits pendant neuf mois supplémentaires, complètement gratuitement. Je n’ai donné Coraline à personne d’autre. J’aurais d’ailleurs pu faire pas mal d’argent à ce moment-là, mais j’ai préféré le lui laisser.

Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est que si Coraline est indubitablement un livre pour enfants, le film est, par contre, un peu plus adulte, le public cible est plus large.

N’oubliez pas que le livre, maintenant, existe aussi bien en édition pour enfants que pour adultes. Celle pour adultes reprend, en couverture, une citation du New York Times qui dit: «Le livre le plus effrayant jamais écrit», et celle pour enfants ne mentionne – évidemment! – absolument pas cela. Le film et le livre possèdent un attrait différent pour les adultes et pour les enfants. Dans les deux cas, d’ailleurs, je pense qu’il fait beaucoup plus peur aux adultes.

C’est drôle car je viens d’avoir , l’actrice québécoise qui double la mère de Coraline et qui me disait que les enfants auraient beaucoup moins peur que nous, les adultes.

Tout à fait. J’ai d’ailleurs reçu récemment une lettre de la mère d’un petit garçon de cinq ans qui me demandait si le film plairait à son fils. Je lui ai répondu que je ne connaissais pas son enfant, que la seule réponse possible à sa question est que je n’en savais rien. Je suis sûr qu’il existe des enfants de cinq ans qui ne devraient pas voir Coraline. Lors d’un visionnement privé avec les studios, quelqu’un est venu avec ses enfants, dont des jumelles de cet âge-là. Je leur ai demandé, après la projection, si elles avaient eu peur. L’une m’a répondu que non, et l’autre que oui en précisant que c’était une peur agréable. Une des choses que j’ai apprises en tant que parent est qu’il est impossible de savoir ce qui donnera des cauchemars à nos enfants. Vous pensez, par exemple, que ça va être la vision d’une sorcière pendue dans un magasin. Mais non! Par contre, la publicité de l’aspirateur dansant qu’ils ont vue à la télé va les empêcher de dormir pendant une semaine!

Le futur réalisateur de Sandman est quelqu’un qui a probablement 14, 15 ou 25 ans aujourd’hui, mais qui possède la même passion que Peter Jackson pour Lord of the Rings.
- Neil Gaiman

L’univers du film correspond-il à ce que vous aviez en tête en écrivant le livre?

Non, pas du tout. Le film est beaucoup plus coloré, plus gros, plus délirant… et beaucoup plus cinématographique. L’univers du livre est plus littéraire, plus gris, il est fait pour permettre au lecteur de le construire dans son imagination. Le roman est plus collaboratif, le lecteur collaborant avec moi pour créer cet univers. C’est impossible à faire dans un film où tout est donné au spectateur.

Sur votre site Web, on trouve que votre fille, Maddy, a fait de vous. Vous y dites notamment que vous avez mis du temps à trouver votre voix d’auteur. Quelle est-elle?

La voix d’un auteur est quelque chose d’indéfinissable qui permet à quelqu’un de savoir instantanément de qui est le passage qu’il vient de lire. Il y a des auteurs pour lesquels je suis capable de faire cela. Je ne sais pas exactement à quoi ressemble la mienne, un peu de ce que je suis profondément j’imagine, ou encore elle ressemble à la personne que je dois devenir pour être capable de raconter l’histoire sur laquelle je travaille. En ce moment, j’essaye de plus en plus d’arriver à moi, à ce qui me caractérise. Mais ma voix d’auteur n’est pas tout le temps la même, la voix de Coraline ne ressemble pas à celle de Graveyard Book. J’ai essayé d’écrire Coraline dans le style classique qui caractérise ce genre d’ouvrage: très propre, simple, et pourtant pas si facile que ça. La voix de Graveyard Book est plus archaïque, elle possède des échos de Kipling.

Vous avez écrit une bande-dessinée, des scénarios, des livres pour enfants et j’en passe. Que préférez-vous écrire?

J’adore faire des livres audio et des pièces de théâtre dans le même format. Malheureusement, si je ne faisais que ça, je serais obligé d’envoyer mes enfants mendier dans les rues. Je n’en fais donc pas beaucoup, peut-être un enregistrement tous les trois ans.

Vous avez été producteur, scénariste, consultant, auteur, etc. Vous avez déjà réalisé un court-métrage, passerez-vous un jour derrière la caméra pour un long métrage?

Oui, probablement. Je n’aimerais pas réaliser Sandman, par contre, car la première question qu’il faudra se poser est ‘Que jette-t-on?’, c’est trop gros pour être adapté tel quel au grand écran. Le futur réalisateur de Sandman est quelqu’un qui a probablement 14, 15 ou 25 ans aujourd’hui, mais qui possède la même passion que Peter Jackson pour Lord of the Rings. Pour revenir à votre question, oui, je réaliserai un film un jour. Mais pour l’instant, j’ai trop de choses à faire. En plus, je ne veux pas réaliser mes propres œuvres, je les ai déjà faites et créées, elles sont derrière moi. J’ai une liste de choses que je tiens à faire avant de mourir: réaliser un film, écrire une comédie musicale, etc. D’ailleurs, pour parler du Newbery, c’est le seul prix d’importance qu’on peut me décerner puisque je ne suis pas un citoyen américain. Il y a 12 ans, quand j’ai terminé Sandman, je sais qu’on a mentionné mon nom pour le prix Pulitzer, mais j’ai du dire que non, je n’étais pas américain. Quand Coraline est sorti, mon éditeur et moi avons été approchés pour le National Book Award et là encore, il a fallu leur signaler que non, je n’étais pas américain. Par contre, la beauté du Newbery, c’est qu’il peut être attribué à des résidents en sol américain, pas juste à des citoyens. De plus, cela fait grandement avancer la cause du genre d’ouvrage que j’écris. La bibliothécaire d’une école décidera peut-être de mettre Sandman à la disposition de ses élèves – et d’autres bandes-dessinées – parce que j’ai obtenu le Newbery et ça, c’est extraordinaire.

Pour en savoir plus sur Coraline:

– Notre reportage du 7 février 2009
– Notre interview de l’auteur
– Notre interview de l’humoriste
– Notre interview de l’actrice
– Notre reportage en photos et en vidéos
– Notre dossier complet sur le film


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Commentaires

2 commentaires pour “[Entrevue] Neil Gaiman: de Coraline à Graveyard Book… en passant par Sandman”
  1. jfrdenantes dit :

    Neil Gaiman est vraiment un très bon écrivain et il mériterait d’être plus lu en France. En plus, tout en sachant qu’il n’est pas n’importe qui, il sait être léger, et drôle. Je suis fan de Coraline. J’ai déjà vu le film aux USA qui est génial, je le reverrai en juin. Je me permets de faire suivre cette info car j’y serai !

    Dédicace exceptionnelle avec NEIL GAIMAN à la FNAC SAINT LAZARE le lundi 4 MAI à 17h30 pour l’adaptation de Coraline au cinoche, et pour la sortie de L’Etrange Vie de Nobody Owens (chez Albin Michel).

  2. Isabelle Hontebeyrie dit :

    Merci beaucoup pour cette information. Effectivement, Neil Gaiman mérite de figurer dans la liste des auteurs incontournables!

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