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[Décryptage] Box-office 2008: les vrais chiffres

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 7 janvier 2009 à 4:34 (Dernière mise à jour: 9 janvier 2009 - 5:15)

L’année 2008 a été faste pour les studios de cinéma qui ont engrangé des revenus de 9,78 milliards de dollars aux États-Unis et au Canada.

Et c’est évidemment The Dark Knight (de Christopher Nolan avec Christian Bale, Heath Ledger, Michael Caine, Morgan Freeman, Maggie Gyllenhaal, Aaron Eckhart, Gary Oldman, etc) qui arrive en tête de cette liste des films qui ont rapporté le plus d’argent.

Mais ces chiffres cachent une autre réalité et laissent entrevoir des changements significatifs dans l’industrie pour les années à venir…

[Décryptage] Box-office 2008: les 15 films de l'année

Voici la liste des films qui ont rapporté le plus d’argent au box-office américain en 2008:

Les chiffres bruts

The Dark Knight: 531 millions
Iron Man: 318 millions
Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull: 317 millions
Hancock: 228 millions
WALL-E: 224 millions
Kung Fu Panda: 215 millions
Madagascar: Escape 2 Africa: 175 millions
Twilight: 170 millions
Quantum of Solace: 164 millions
Horton Hears a Who!: 155 millions
Sex and the City: 153 millions
Mamma Mia!: 144 millions
The Chronicles of Narnia: Prince Caspian: 142 millions
The Incredible Hulk: 135 millions
Wanted: 134 millions

Les studios hollywoodiens se frottent les mains et soulignent que les revenus totaux de 9,78 milliards au box-office de 2008 représentent une augmentation de 2% par rapport à 2007. Dan Fellman, de Warner, s’exclame: «L’année a été sensationnelle» (et on le comprend! Warner a tellement fait d’argent avec The Dark Knight que la compagnie a décidé de repousser Harry Potter à 2009 pour balancer son budget).

Le son de cloche est le même chez Patrick Corcoran, directeur de recherche au NATO, l’association américaine des propriétaires de salles de cinéma. «Ça a vraiment été une année très forte.»

Baisse de fréquentation

Mais ce que cachent ces chiffres pourtant fort impressionnants, et c’est assez étrange que peu de médias en parlent, c’est la baisse de fréquentation des salles obscures.

Car la vente de billets est en baisse, l’augmentation des revenus s’expliquant par la majoration du prix des entrées dans les cinémas. Pour 2008, le nombre de billets vendus s’élève, pour le Canada et les États-Unis, à 1,36 milliard contre 1,4 en 2007. La raison en est peut-être le fait qu’une admission dans un cinéma coûte aujourd’hui 4,7% de plus qu’en 2007.

Il est aussi possible – mais je n’ai pas les chiffres pour appuyer cette théorie – que les ventes de DVD, l’introduction des Blu-ray et des téléviseurs HD soient, en partie, responsables de cette baisse de fréquentation des salles obscures.

Les cinéphiles deviennent plus critiques, ne se déplaçant que pour les longs métrages qu’ils tiennent à voir sur gand écran. Un exemple de cette tendance est le film Mamma Mia!. De l’aveu même d’Universal, les revenus nord-américains du film au box-office ont été décevants (les revenus outre-Atlantique, eux, ont été exceptionnels). Or, le DVD de Mamma Mia! a explosé le record de The Dark Knight et même celui que détenait le Titanic de James Cameron, et ce, dès sa première semaine de mise en marché.

Productions déficitaires

Un autre chiffre absent de ce palmarès est la rentabilité des films présentés. Et là, on s’étonne que pas un média n’ait songé à faire ce calcul, pourtant simple.

Car 3 films du top 15 – soit 20% des longs métrages – n’ont pas réussi, du moins en salle, à couvrir les frais de production (et je ne parle même pas du budget de promotion, effarant dans certains cas, comme pour Quantum of Solace pour lequel Sony a dépensé environ 200 millions en marketing).

Reprenons la liste ci-dessus et amusons-nous à comparer les revenus en Amérique du Nord et les budgets de production:

Film Budget de production Revenus en salle + ou -?
The Dark Knight 185 millions 531 millions 346 millions
Iron Man 140 millions 418 millions 278 millions
Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull 185 millions 317 millions 132 millions
Hancock 150 millions 228 millions 78 millions
WALL-E 180 millions 224 millions 74 millions
Kung Fu Panda 130 millions 215 millions 85 millions
Madagascar: Escape 2 Africa 150 millions 175 millions 25 millions
Twilight 37 millions 170 millions 133 millions
Quantum of Solace 225 millions 164 millions - 61 millions
Horton Hears a Who! 85 millions 155 millions 70 millions
Sex and the City 65 millions 153 millions 88 millions
Mamma Mia! 52 millions 144 millions 92 millions
The Chronicles of Narnia: Prince Caspian 200 millions 142 millions - 58 millions
The Incredible Hulk 150 millions 135 millions - 15 millions
Wanted 75 millions 134 millions 59 millions

 

Les studios qui ont engrangé le plus de $

Autorité en matière d’analyse du box-office, a compilé les résultats de 2008 par studio et a présenté les résultats hier.

Warner Bros.: 1,79 milliard pour 25 films, soit une moyenne de 71,6 millions par film
Paramount: 1,6 milliard pour 14 films, soit une moyenne de 114,28 millions par film
Sony Pictures: 1,28 milliard pour 20 films, soit une moyenne de 64 millions par film
Universal: 1,13 milliard pour 20 films, soit une moyenne de 56,5 millions par film

Oui, Warner peut se frotter les mains, mais en calculant les revenus moyens par film, on s’aperçoit que c’est Paramount qui a engrangé le plus de revenus par long métrage. La stratégie annoncée de la compagnie de se concentrer sur un nombre moins important de productions semble payer.

De plus, on comprend mieux les raisons qui ont poussé les patrons de Warner à repousser Harry Potter pour le faire figurer dans leur budget 2009. Car The Dark Knight et ses 531 millions de dollars au box-office représentent près de la moitié des revenus annuels de la compagnie.

Les conclusions et les pistes de réflexion

Mais au-delà de l’avalanche de milliards et de l’auto congratulation pratiquée par les studios et l’industrie, on peut s’inquiéter des tendances suivantes, qui détermineront désormais la manière dont un film sera annoncé, tourné, produit, promu et vendu aux cinéphiles:

- les studios devront compter de plus en plus sur les marchés étrangers (hors Amérique du Nord) pour rentabiliser leurs productions. (Aparté: The Weinstein Co, et avant cela Orion Pictures, l’a bien compris avec les films de Woody Allen),

- les produits dérivés (DVD et Blu-ray) comptent de plus en plus dans la rentabilité des films,

- les consommateurs sont de plus en plus critiques. Attendons-nous à une concentration sur les méga productions (aux coûts de 150 à 175 millions): moins de films à petit budget, moins de films à gros budget, mais une augmentation des budgets des films produits,

- de plus en plus, les dates de sortie seront les mêmes pour les différentes régions du monde, à la fois pour prévenir le piratage, mais aussi pour maximiser le buzz marketing autour d’une sortie.

En bref, et le cas de Warner dans le dossier Harry Potter l’illustre bien, ce ne sont plus les cinéphiles qui décident: ce sont les studios. Leur stratégie de marketing ne suit plus les goûts des consommateurs, mais leurs propres intérêts financiers.

Et ce n’est pas nouveau, mais c’est de plus en plus criant: le cinéma n’est plus un art, c’est une machine à fric!


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Commentaires

3 commentaires pour “[Décryptage] Box-office 2008: les vrais chiffres”
  1. Merci de cette analyse très pertinente. Si le cinéma américain a enregistré des records de recettes cette année chez eux, la popularité de leurs films a eu aussi un impact plus pervers, à l’étranger. Chez nous au Québec, ils ont monopolisé près de 80% des recettes en salles, ne laissant que des miettes aux autres cinémas nationaux, tels que le cinéma québécois (9,3% de PDM) ou français (4,4% de PDM). J’ai d’ailleurs fait une analyse à ce sujet sur mon blog. La fragilité des “petits” pays est exacerbée par une telle hégémonie…

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