[Critique] Milk: Sean Penn en route vers les Oscars?
Publié le: 5 décembre 2008 à 9:18 (Dernière mise à jour: 7 mars 2009 - 5:06)
Milk, du réalisateur Gus Van Sant et mettant en vedette Sean Penn, Emile Hirsch, Josh Brolin, Diego Luna et James Franco prend l’affiche aujourd’hui à Montréal et le 12 décembre prochain dans le reste du Québec. En voici notre critique.
En ce moment, à chaque fois que j’assiste à un visionnement de presse d’un film, la première question qui me vient à l’esprit est: “Mérite-t-il un ou des Oscars?”. Ça fausse donc un peu la donne, tant je me concentre pour débusquer le moindre petit défaut.
Milk (notre dossier) – qui, pour nos lecteurs français, prendra l’affiche dans l’Hexagone en février prochain sous le titre Harvey Milk – raconte l’histoire du premier politicien ouvertement gai, élu aux États-Unis. Il finira assassiné par un malade du nom de Dan White le 27 novembre 1978.
Rien à dire du côté du scénario, de la réalisation et de la manière dont le long-métrage est filmé. Gus Van Sant est un habitué des productions biographiques et ça se sent. Le rythme est bon et, élément que j’ai particulièrement apprécié, le réalisateur a inclus des images d’archives (parfois retouchées avec les acteurs) tout au long du film. Le générique d’ouverture en est d’ailleurs un excellent exemple puisqu’il reprend des archives de services d’information et des grands titres de journaux pour nous situer le contexte historique:il ne faisait vraiment pas bon être homosexuel aux États-Unis.
Milk commence au moment où Harvey s’apprête à fêter ses 40 ans et chronique sa vie – et son combat – à San Francisco jusqu’à son assassinat.
L’ambiance de l’époque est extrêmement bien rendue. On sent un souci constant de la part de l’ensemble de l’équipe de coller à la réalité historique. D’ailleurs, pour la petite histoire, sachez que certains protagonistes de l’histoire ont obtenus de petits rôles dans le long-métrage, comme Cleve Jones ou Gilbert Baker.
Tous les décors ont été soigneusement recréés et, comme l’avait expliqué Gus Van Sant au moment de la présentation de Milk, la ville de San Francisco est un personnage à part entière, une composante intégrante de l’histoire.
On pourrait croire que Milk repose entièrement sur les épaules de Sean Penn, qui incarne Harvey Milk. Il n’en est rien.
James Franco est vraiment excellent – aparté: il m’a fait penser, dans certaines scènes, à Ryan Phillippe dans 54 – et n’est pas loin de crever l’écran en Scott Smith, le compagnon de Milk pendant les premières années de sa vie à San Francisco. Son jeu est juste, les scènes d’amour avec Sean Penn sont convaincantes. Il n’en fait pas trop, ni trop peu. En un mot il est parfait; rien d’ailleurs de son jeu dans Spider-Man n’aurait laissé supposer qu’il était aussi bon.
Franco est d’ailleurs, en termes de mise en nomination dans la catégorie de l’Oscar du meilleur acteur de soutien, un très sérieux concurrent pour l’excellent Josh Brolin. Si j’avais adoré sa prestation dans W. (notre dossier – notre critique), j’ai encore plus aimé celle-ci. Il incarne Dan White à la perfection: il compris ce qui se passait dans la tête de ce malade et le devient. La scène de l’assassinat de Harvey Milk est impeccable: ses mimiques, son port de tête, ses gestes et ce qu’on lit dans ses yeux ne peuvent qu’être identiques au “vrai” Dan White. Chapeau! Et cette année, il mérite vraiment sa statuette!
Emile Hirsch, un autre des acteurs secondaires solides, incarne Cleve Jones de manière fort convaincante, tout comme Diego Luna en Jack Lira. Il leur manque peut-être à tous deux une certaine maturité qui feront d’eux, dans quelques années et avec des rôles plus consistants, de sérieux concurrents dans la course aux Oscars. Mais, dans Milk, on en est encore loin, leurs prestations étant éclipsées par celles de leurs aînés, Josh Brolin et James Franco.
La question est simple, la réponse l’est beaucoup moins. Attention, je ne remets pas en question les qualités d’acteur de Sean Penn. Oui, il est Harvey Milk, il exsude son personnage par tous les pores de sa peau. Rien à dire, il a tout: les mimiques, l’accent, les gestes, la démarche…
Mais.
Mais il n’est pas flamboyant. C’est le seul mot qui me vienne à l’esprit. Et, malheureusement, cela tient, non pas sa prestation, mais au personnage de Milk lui-même. Harvey Milk est un grand personnage de l’histoire de la lutte des droits des gais et lesbiennes, mais est-ce un héros? Oui, il en possède les composantes principales: dépassement de soi, prise de risques, vision historique, courage.
Or, il n’en possède pas le physique. Un héros peut-il être ordinaire? Non. Et c’est là que le bât blesse. Harvey Milk est quelqu’un comme vous et moi, avec ses maniérismes, ses défauts, ses doutes, ses compromis. Sean Penn a fort bien rendu le personnage tel qu’il était… c’est à dire un homme ordinaire. Il n’en fait pas quelqu’un de plus grand que nature (larger than life en anglais), c’est peut-être historiquement impeccable, mais j’ai trouvé que cela m’empêchait de créer un lien avec lui. Je ne l’admire pas, je ne l’aime pas… je ne fais que le respecter profondément. Et ce n’est pas assez.
Trois mots: allez le voir!
Notre cote: 








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