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Les blogueurs font-ils n’importe quoi?

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 19 octobre 2008 à 5:05 (Dernière mise à jour: 11 octobre 2009 - 14:40)

Le Journal du blog (dans prenant en exemple l’affaire Laure Manaudou) et bon nombre de médias dits traditionnels tournent souvent autour de ce sujet: les blogueurs sont-ils des êtres irresponsables, prêts à tout pour générer du trafic sur leurs pages?

Après le visionnement de 13e Rue, il semble bien que oui.

L’affaire Manaudou… et les autres

Sinon, pourquoi publier sur le Web des photos que «pourtant même la presse à sensation avait fait le choix de ne pas publier» (dixit Grégory Magne et Stéphane Viard, les journalistes du reportage). «Ces photos, on les avait depuis plus d’un an et on a estimé que – en tout cas à l’époque – elles n’étaient pas publiables» de souligner Christophe d’Antonio, rédacteur en chef du magazine Choc, qui ne fait pourtant pas dans la dentelle.

Et tout y passe. De l’affaire Duhamel à toutes les bourdes des hommes et femmes politiques durant la campagne présidentielle française (Sarkozy, Royal, Krouchner…). Comme le soulignent Grégory Magne et Stéphane Viard: «Avec Internet, le hors-antenne a trouvé son média, les images d’amateurs aussi. La vidéo devient une arme de campagne. Voici venu le règne de Little Brother, le magnéto ne s’arrêtera plus jamais.»

Mais qu’est ce qui choque donc? Le parle «des scrupules» que n’ont pas eu les blogueurs à diffuser les photos de la sportive. Alain Duhamel dit que ce serait dommage de réduire la politique à ces «caves» que montrent les carnétistes.

Bref, on s’étonne de voir que les événements que les médias traditionnels ne jugent pas bon de rapporter soient, en général, ceux que les internautes s’arrachent.

Aujourd’hui, Mazarine aurait-elle droit à une enfance hors des projecteurs? Son existence pourrait-elle ainsi être protégée, cachée par ces médias en quelque sorte complices du pouvoir?
Quand ça va plus loin

Devant cette circulation de l’information, totalement incontrôlable, Laure Manaudou a dépêché ses avocats, qui ont effectué quelque 200 mises en demeure pour faire supprimer la vidéo en question.

Il suffit aussi de se rappeler l’affaire contre Olivier Martinez pour se convaincre que, dès que certains s’estiment attaqués, il sortent le canon pour tuer le moustique.

Le moustique est-il si dangereux que ça? Au non de quoi les médias traditionnels font-ils ce que j’appelle de la censure préventive (le fait de ne pas diffuser une information, pourtant vérifiée, qui circule dans les salles de rédaction)?

Et si on faisait un parallèle avec une histoire qui s’est passée avant l’avènement du Web, de YouTube et de tous les réseaux sociaux? Aujourd’hui, Mazarine aurait-elle droit à une enfance hors des projecteurs? Son existence pourrait-elle ainsi être protégée, cachée par ces médias en quelque sorte complices du pouvoir? La réponse est non. Est-ce mal? Là aussi, la réponse est encore non.

Il faut quand même se rappeler que le «casse-toi pauvre con» de Nicolas Sarkozy, repris par tous les médias officiels, n’a pas n’a pas vraiment nui à sa carrière, même si ce n’était pas très présidentiel comme niveau de langage!

Qui possède l’information?

Le cœur du débat est sans doute dans la possession des nouvelles. Si on regarde les arguments des médias traditionnels, on s’aperçoit vite qu’ils tournent tous autour de cette peoplisation de l’information, d’un mépris à peine voilé du «toute information est bonne à dire.»

Pour l’ensemble des médias reconnus, la seule information digne de mention est celle qui franchit le barrage de leur choix éditorial. Les blogueurs et les anonymes n’ont donc aucun droit de prétendre vouloir prendre leur place.

Faut-il donc avoir peur d’Internet? Faut-il s’auto-censurer de crainte qu’un téléphone cellulaire enregistre quelque chose de privé?

La réponse, de l’autre côté de l’Atlantique est un oui retentissant. J’en veux pour preuve l’embauche, par Nicolas Sarkozy, de quelqu’un chargé de vérifier ce qui se dit de lui sur le Web.

De ce côté-ci de l’Atlantique, la réponse est non. Prenons l’affaire de la fausse mort de Steve Jobs (). Si Apple a émis un communiqué et que CNN s’est fort platement excusé, c’est le SEO qui a lancé l’enquête et encore, uniquement pour voir si la baisse des actions de la compagnie avait profité à quelqu’un. Pas d’avocat de Jobs en train de surfer furieusement et dépêchant ses sbires pour faire supprimer des pages. Et pourtant, c’est autrement plus grave que des photos de cul.

Le 5e pouvoir

Ces “affaires” n’empêchent pas la blogosphère d’acquérir, petit à petit, ses lettres de noblesse. Aux États-Unis, les blogs reconnus (les mainstream blogs) ont désormais pignon sur rue et les journalistes des médias traditionnels ont accepté ce nouveau partage du pouvoir.

Quand les blogueurs s’aperçoivent que les agences de presse publient des photos truquées (voir notre texte: ), qu’ils n’hésitent pas à publier des billets sur le nombre de morts en Irak, au grand dam de l’armée américaine qui a inventé – justement pour contrôler l’information – le principe du “embedded journalist” (Aparté: il faut quand même un sacré culot pour faire avaler au public que des informations rapportées dans ces conditions seront objectives), etc… dans ces cas-là, la blogosphère devient respectable, nécessaire.

Aux États-Unis (pas encore au Canada. Nous devons être un pays trop calme pour ce genre de choses, héhé), il n’est pas rare d’assister à des dérapages “blogosphériques”. Une blogueuse comme , qui est extrêmement conservatrice, génère souvent des tempêtes dans un verre d’eau comme en témoignent ses appels au boycott (voir nos textes sur ou encore sa dont le soi-disant keffieh lui est resté en travers de la gorge). Faut-il, pour cela, la bâillonner… même quand elle va trop loin? Et qui détermine le “trop loin”?

Vous n’aimez pas, changez de chaîne!

Les millions d’informations reprises et disséminées sur Internet ont toutes des lecteurs. Il y aura toujours de gens pour regarder des photos de Britney Spears sans petite culotte… et des magazines pour les publier (c’est quoi là, la différence avec Laure Manaudou, si ce n’est les circonstances de la prise des clichés?).

Quand vous ne voulez pas voir des litres de sang et de la violence, vous changez de chaîne de télévision. Et bien, si vous ne voulez pas voir la nageuse nue, ne cliquez pas sur le lien que vous a envoyé un copain. Si vous n’êtes pas d’accord avec les propos de , vous ne lisez pas son blog. C’est l’auto-régulation de ce nouveau marché de l’information qui en supprimera les pollueurs. C’est quand le public sera saturé de ces nouvelles que les producteurs de contenus arrêteront de les mettre en ligne.

La responsabilité des internautes est là: dans le choix de ne pas cliquer. Celle des blogueurs, quels qu’ils soient, est de respecter la loi (pas de diffamation, de propos incitant à la haine raciale, etc.).

Au-delà de ça, le débat devient hypocrite et surtout inutile, générateur de ce faux buzz dont il est fait mention dans le reportage.


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Commentaires

4 commentaires pour “Les blogueurs font-ils n’importe quoi?”
  1. Pepitos dit :

    Bonjour ,
    C’est vrai qu’à partir du moment où il y a une question d’argent , certaines personnes ( bloggeurs en l’occurence ) oublient le respect dû aux individus . Internet est un vecteur de communcation qui a les qualités de ses défauts : Il propose une info libre et rapide mais sans aucun contrôle préalable . A chacun de poster en son âme et conscience , sachant que le fait de se cacher derrière un pseudo n’a jamais empéché les poursuites judiciaires ….

  2. Isabelle Hontebeyrie dit :

    Je ne sais pas si c’est une simple question d’argent. Je pense aussi qu’il y a un facteur de notoriété (du genre: “j’ai été le premier à mettre en ligne telle photo ou tel vidéo, je me retrouve en home page d’un digg-like etc). Mais effectivement, un pseudo n’a jamais empêché les poursuites.

  3. Matt dit :

    Salut,

    Le “casse-toi…”, c’est quand il était déjà président.

  4. Benoit Bisson dit :

    Tout à fait raison, Matt. Petit lapsus spatio-temporel de la part d’Isabelle sur ce coup-là!

    «Garçon, un double bien corsé pour la dame!»

    Merci, voilà. Et du coup, on corrige. :)

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