[Critique] Le W. d’Oliver Stone sent les Oscars
Publié le: 17 octobre 2008 à 0:02 (Dernière mise à jour: 7 mars 2009 - 4:40)
W., le dernier film d’Oliver Stone sent les Oscars à plein nez. Ce long-métrage, qui est une chronique de la vie de George W. Bush jusqu’au moment de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, met en vedette Josh Brolin, Elizabeth Banks, Ellen Burstyn, James Cromwell, Richard Dreyfuss, Thandie Newton, Jeffrey Wright et Noah Wyle.
Non, W. (notre dossier du film) n’est pas un film d’action, non, ce n’est pas un film anti-guerre, ce n’est pas, non plus, un brûlot contre le président américain. Qu’est-ce exactement? Un examen, qui se veut le plus neutre possible, de la vie de George W. Bush.
W. n’est pas méchant, il n’est pas fou, il n’est pas assoiffé de pouvoir. Il n’est qu’un pauvre type qui s’est trouvé au mauvais moment (le 11 septembre) au mauvais endroit (la Maison-Blanche) avec les mauvaises personnes (Dick Cheney notamment).
Il est toujours hasardeux de réaliser un long-métrage biographique sur une personnalité encore vivante, a fortiori si c’est une personne qui prête à la controverse. Bien peu s’y hasardent et encore moins y réussissent (le The Queen de Stephen Frears avec Helen Mirren dans le rôle d’Elizabeth II et James Cromwell dans celui du prince Philip étant l’exception qui confirme la règle).
Mais avec W., Oliver Stone a réussi son pari, soutenu en cela par Josh Brolin qui campe admirablement George W. Bush, au point de lui ressembler à s’y méprendre. L’acteur a les mêmes expressions, la même démarche, le même regard que le président américain, même si les scènes de la jeunesse de Junior sont un peu moins convaincantes.
Caricature? Non, Stone n’est pas tombé dans ce piège. Bush est présenté au naturel, tel qu’il est, sans complaisance, mais sans hargne non plus. On a plus l’impression que le réalisateur en veut à Bush père qu’au fils qui n’est, au fond que “victime” des circonstances. Parce que – et c’est probablement la caractéristique principale de l’actuel président – W. n’est pas méchant, il n’est pas fou, il n’est pas assoiffé de pouvoir. Il n’est qu’un pauvre type qui s’est trouvé au mauvais moment (le 11 septembre) au mauvais endroit (la Maison-Blanche) avec les mauvaises personnes (Dick Cheney notamment).
Sans cesse en compétition avec son frère Jeb (mais oui, vous savez, le Gouverneur de la Floride), mal-aimé par son père qui lui reproche sans cesse de salir le nom de la famille (une réplique excellente: celle où James Cromwell, qui incarne Bush senior, dit à George, “Tu n’es pas un Kennedy”), W. se débat pour arriver à savoir qui il est. Alors que son seul vrai rêve est d’être joueur de base-ball, le voici pistonné par papa pour travailler sur les derricks. Après un fiasco lamentable, il erre, traîne de bar en bar, bois beaucoup puis est frappé par la grâce divine.
Il a enfin trouvé son destin: Dieu l’a appelé. Il se présentera à la présidence, malgré les fortes réticences de son père qui croit dur comme fer que Jeb sera locataire de la Maison-Blanche avant George.
Les dés sont jetés. Fiston Bush devra assumer les conséquences du 11 septembre… et une place peu glorieuse dans l’Histoire des États-Unis.
Évidemment, un film comme celui-ci ne peut reposer sur les épaules d’un seul acteur et c’est pourquoi le reste de la distribution, si elle ne bénéficie pas du même “temps d’antenne” est toute aussi importante que l’acteur principal.
Ne nous leurrons pas, James Cromwell ne ressemble en rien au père de l’actuel président. Il n’en possède même pas les expressions, mais il a admirablement bien saisi l’essence de l’ex directeur de la CIA et vice-président de Ronald Reagan. Il est sec, froid, autoritaire et peu avenant. En un mot, parfait! Même chose pour Ellen Burstyn qui campe Barbara Bush. À défaut de la ressemblance physique, on a droit à un portrait moral parfaitement fidèle.
Thandie Newton est surprenante en Condoleezza Rice même si on a un peu de mal à se faire à ses mimiques; l’actrice pensant sans doute que de crisper le visage est la manière la plus adroite de rendre la dureté de Condi. Elle est sans doute le maillon le plus faible de cette excellente chaîne d’acteurs, mais on finit par s’habituer.
Celui qui brille de mille feux et qui livre une prestation inoubliable est Richard Dreyfuss dans le rôle de Dick Cheney. Magistral, il devient l’ombre menaçante qui plane au-dessus de George, le manœuvrant et le manipulant à souhait. Il suffit de regarder l’excellente scène où Dick Cheny explique au Cabinet du président pourquoi il faut envahir l’Irak pour comprendre la manière dont cette Guerre du Golfe 2 a été déclenchée. Les plans de caméra d’Oliver Stone sur Dreyfuss sont parfaits: il le saisit dans toute sa rouerie et s’il est un personnage qu’on déteste en sortant du cinéma, c’est bien Dick Cheney. Il ne fait aucun doute qu’avec ce rôle, Richard Dreyfuss est un prétendant de poids pour l’Oscar du meilleur acteur de soutien… mais ça, ça fera l’objet d’un autre texte.
Cote: 








W. d’Oliver Stone: le dossier du film – notre texte du 16 octobre
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