Critique - Body of Lies, un thriller bien ficelé
Publié le: 10 octobre 2008 à 6:40 (Dernière mise à jour: 13 octobre 2008 - 5:14)
Body of Lies (présenté en France sous le titre Mensonges d’état et au Québec sous le titre Une vie de mensonges) est le nouveau film de Ridley Scott, mettant en vedette Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Mark Strong, Golshifteh Farahani, Oscar Isaac, Simon McBurney. Il prend l’affiche au Québec et en Amérique du Nord aujourd’hui et en France le 22 octobre.
Photo: © 2008 Warner Bros. Entertainment Inc. - Tous droits réservés - Reproduits avec autorisation de l’auteur (Cliquer pour agrandir)
Body of Lies (notre dossier) raconte l’histoire de Roger Ferris (Leonardo DiCaprio), un agent de la CIA basé à Bagdad et qui traque inlassablement les cellules terroristes.
Pour ce faire, il est en constante communication avec son collègue Ed Hoffman (Russell Crowe), qui est basé à Langley, et qui lui fournit détails, conseils et renseignements pour mener à bien ses missions. À la suite d’un incident, au cours duquel son informateur est tué, Roger Ferris est muté à Amman, en Jordanie, pour traquer le chef d’une cellule terroriste, qui organise des attentats en Europe.
Évidemment, raconté comme ça, en quelques lignes, le scénario paraît simple - voire simpliste -. Il n’en est rien. L’histoire est complexe, bourrée de petits détails qui auraient pu faire du film une bouillie d’informations mises bout à bout et dans laquelle le spectateur aurait eu du mal à s’y retrouver.
Heureusement, Ridley Scott et William Monahan (le scénariste qui a adapté le roman du même nom de David Ignatius, journaliste au Washington Post) ont habilement transposé l’intrigue, en faisant un thriller efficace, bien ficelé et au rythme soutenu.
Comme toujours, Ridley Scott enveloppe très bien ses films. Visuellement, pas un reproche à faire si ce n’est l’utilisation un peu abusive - peut-être, je n’en suis pas totalement convaincue - des plans de caméra montrant que Leonardo DiCaprio est constamment suivi et surveillé par ses collègues par liaison satellite.
Moins haletant que Black Hawk Down, Body of Lies n’en possède pas moins toutes les qualité d’un Ridley Scott: les plans hyper léchés qui soutiennent l’action et les sentiments des personnages, des protagonistes forts, souvent “victimes” des circonstances et une réflexion dure et froide sur certaines questions politiques.
Le message politique est, comme dans Black Hawk Down ou, dans une moindre mesure G.I. Jane, omniprésent. Les deux visions de la politique étrangère américaine s’opposent, admirablement rendues par Leonardo DiCaprio et Russell Crowe.
D’un côté, une certaine forme d’idéalisme (Leonardo DiCaprio) qui n’empêche pas une bonne dose de réalisme. Le personnage de Roger Ferris est parfaitement conscient de la manière dont fonctionne un service de renseignements (mensonges et tueries inclus), mais son éthique personnelle lui dicte de faire les choses le plus proprement possible, de s’allier avec des “ennemis” de l’Amérique, de coopérer avec des puissances étrangères. Ce n’est pas un hasard s’il parle arabe, ni s’il tombe amoureux d’une infirmière palestinienne, ce qui permet à Ridley Scott de nous montrer - même si c’est une vision fort aseptisée - un camp palestinien.
De l’autre, on trouve Ed Hoffman (Russell Crowe), le bon vieux routier de la CIA qui se prend pour Dieu depuis que la technologie lui permet de suivre n’importe qui à la trace. Le seul problème, c’est que cette supériorité est aussi sa plus grande faiblesse. Mais ça, il ne le voit pas - ne veut ou ne peut le voir - et se contente de sacrifier n’importe qui à la cause suprême: sa propre conception de la préservation de la sécurité du monde. Pour lui, les hommes et les femmes ne sont que des pions, sacrifiables selon son bon plaisir.
Il y a d’ailleurs quelques perles dans les dialogues, qui soulignent la stupidité américaine. Mais, en bout de ligne, les deux personnages feront toujours passer leur pays en premier.
Et c’est ça toute l’ambiguïté des œuvres de Ridley Scott: une fois qu’une situation est dénoncée, il n’y a rien à faire, si ce n’est d’espérer. C’est peut-être là la plus grande faiblesse de Body of Lies…
Notre cote: 7/10
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