[Critique et photos] La graine et le mulet
Publié le: 3 août 2008 à 7:03 (Dernière mise à jour: 7 mars 2009 - 4:27)
Après La faute à Voltaire (2001) et L’Esquive (2003), voilà qu’Abdellatif Kechiche nous offre La graine et le mulet. Tout comme ses deux prédécesseurs, le film s’est vu honoré de nombreux prix, dont le Prix spécial du jury, le Prix de la meilleure jeune actrice et le Prix de la critique internationale à la 64ième Mostra de Venise, de même que quatre César, pour meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur espoir féminin.
La graine et le mulet est un film intensément humain. Comme je l’ai écrit dans le Cahier Cinéma du magazine 7 Jours, il «nous fait entrer dans l’univers de la famille, des racines, du racisme latent, mais aussi du rêve, de l’espoir et de la solidarité. Les personnages de Kechiche ont beau s’appeler Slimane, Rym ou Souad, ils ont beau vivre à Sète, leur quotidien, leurs passions, leur humanité rejoint et touche le spectateur, où qu’il soit, tellement ils sont criants de vérité, d’émotions à vif».
Autant je peux apprécier un humour au premier degré ou une avalanche d’effets spéciaux, autant je savoure un film qui, sans la moindre prétention, arrive à rejoindre l’humain, un film dans lequel je peux reconnaître des émotions pour les avoir vécues, un film où j’oublie que je regarde des personnages, parce que je suis au cœur même de ce qu’ils vivent.
Visuellement, Abdellatif Kechiche ne nous montre pas l’histoire en observateur distant, mais bien en participant. Il nous fait partie prenante, cadrant souvent très serré, mais jouant aussi sur l’espace – ou le manque d’espace – de l’univers de ses personnages. En fait, certains espaces sont tellement restreints que justement, on oublie le cinéma parce que l’on est forcément plongé dans la scène. C’est ce talent de l’image qui fait qu’on y est.
Évidemment, on a beau avoir tout le naturel d’un décor, sa luminosité, tout ça ne servirait à rien si les acteurs n’étaient pas, eux aussi, plus vrais que vrai. Alors, qui sont-ils?
Slimane: Habib Boufares
Rym: Hafsia Herzi
Karima: Faridah Benkhetache
Hamid: Abdelhamid Aktouche
Souad: Bouraouïa Marzouk
Julia: Alice Houri
Sergueï: Cyril Favre
Lilia: Leila D’Issernio
Kader: Abdelkader Djeloulli
Mario: Bruno Lochet
Jose: Olivier Loustau
Majid: Sami Zitouni
Olfa: Sabrina Ouazani
Riadh: Mohamed Benabdeslem
Latifa: Hatika Karaoui
Henri: Henri Rodriguez
Sarah: Nadia Taouil
Peut-être que certains des noms sont connus dans l’Hexagone, mais j’avoue que pour moi, ils/elles étaient tous d’illustres inconnus avant le visionnement du film, alors je ne vous raconte pas le choc! Habib, Hafsia, tous, ils sont vrais. En fait, je me suis probablement trompé de salle et j’ai dû voir, par accident, un documentaire sur une famille, sur des gens, suivis pendant un moment de leurs vies. Et leurs vies m’ont touché.
Plus que tous les artifices, pour moi, c’est ça la magie du cinéma.
COTE: 9/10
Photos: Loïc Malavard – Reproduites avec autorisation.
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