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[Critique] Festival Juste pour rire - Les Improductifs

Benoit Bisson
Publié le: 10 juillet 2008 à 11:16 (Dernière mise à jour: 11 juillet 2008 - 5:41)

Les Improductifs, c’est l’impro en mode kamikaze: un animateur, un musicien et quatre comédiens, des styles d’impro choisis au hasard et des paramètres définis… par le public!

Ce n’est pas d’hier que l’improvisation est populaire au Québec. Après tout, c’est en 1977 que Robert Gravel et Yvon Leduc ont créé la Ligue nationale d’improvisation, un concept qui devait très vite faire des petits, tant à travers les pays francophones qu’à travers le Québec, avec la multiplication de ligues aux quatre coins de la province.

Les Improductifs

Photo: © 2008 Benoit Bisson
Sophie Caron, Simon Boudreault, Daniel Malenfant, Simon Rousseau

Les Improductifs, c’est une autre forme d’improvisation: pas de patinoire, simplement la scène; pas de chronomètre ni d’arbitre, mais plutôt un animateur, maître du jeu, et un musicien - tout aussi improvisateur - qui peut aussi bien être un complice… ou un tortionnaire, tout dépendant du thème de l’impro et du style de musique qu’il interprète.

La prestation d’hier au Studio Juste pour rire mettait en vedette Nicolas Pinson à l’animation, Jean-Daniel Nicol à la musique et Simon Boudreault, Sophie Caron, Daniel Malenfant et Simon Rousseau à l’impro.

D’entrée de jeu, Nicolas Pinson est à la fois raccoleur et baveux, impliquant le public dès la case départ. Après tout, on a eu l’occasion de remplir des fiches de suggestions d’idées pour les impros que l’on va voir, alors pas question d’être uniquement voyeurs! C’est d’ailleurs l’une des forces de l’impro en général, et des Improductifs en particulier, que de jouer avec le public autant que pour celui-ci.

Les Improductifs

Photo: © 2008 Benoit Bisson
Jean-Daniel Nicol, Simon Boudreault, Daniel Malenfant, Simon Rousseau

La première impro, dans le style d’un interrogatoire de police, donne fort bien le ton et montre du même coup le genre de défi qu’ont à relever les comédiens. Deux policiers (Simon Boudreault et Daniel Malenfant) interrogent un suspect (Simon Rousseau). Là où ça devient délirant, c’est que le comédien interprétant le suspect se coiffe d’un iPod en début d’impro, question de ne pas entendre ce qui se dit, et qu’à son insu l’animateur détermine à partir des suggestions du public quel est son crime. Le but de l’impro sera pour lui de découvrir, à partir des questions de ses interrogateurs, de quel crime il s’agit. Imaginez un peu le genre de questions que peut générer le crime de traffic de fourrure de chèvre…

L’impro est fort réussie, Sophie Caron intervenant à l’occasion comme secrétaire de l’un des policiers et apportant juste ce qu’il faut d’eau au moulin pour permettre de générer quelques indices de plus pour le pôvre accusé Rousseau. J’avoue avoir préféré Daniel Malenfant qui avait des répliques particulièrement allumées, notamment trouver le moyen de bêler en posant une question! Remarquez que Simon Boudreault n’était pas en reste quand il apprend au suspect que Brigitte Bardot est sur son cas.

Je ne vous raconterai pas toutes les impros de la soirée dans le menu détail, d’autant plus que les styles de jeu changent d’un spectacle à l’autre, mais je vous inviterai plutôt à visiter le site des Improductifs pour découvrir les détails de jeu des impros suivantes, qui étaient du style Coup de foudre, L’homme à 2 têtes, Jeopardy, Broadway PQ, Entrevue en différé, Tour du chapeau et Fusillade musicale Académie.

Ce que je n’hésiterai pas à vous dire, c’est le joyeux délire auquel on assiste pendant tout le spectacle. L’animation de Nicolas Pinson crée - et nourrit - le lien avec la foule, en plus d’assurer qu’il n’y a jamais de temps morts entre les impros. J’avais lu quelque part qu’il était plutôt du genre baveux, mais hier, il était somme toute plutôt sage, tant avec le public qu’avec les comédiens.

Les Improductifs

Photo: © 2008 Benoit Bisson
Nicolas Pinson et Simon Rousseau. En arrière-plan, Daniel Malenfant.

Comme c’est toujours le cas avec une soirée d’impro, il y a des moments forts, d’autres moins éclatants. Toutefois, à la différence d’une impro de la LNI, dont la durée est fixe, une des forces des Improductifs est de pouvoir couper court à quelque chose qui ne décolle pas, par l’intervention de l’animateur par exemple. On évite aussi de sombrer dans le vraiment trop simpliste. Donc, il y a les jurons et les inévitables jokes de cul, mais les comédiens sont des pros: ils ne s’en servent (presque) pas comme béquilles pour des rires faciles.

Et évidemment, on a souvent droit à des répliques hilarantes, de quoi se bâtir une collection de one-liners pour n’importe quel party, comme Daniel Malenfant qui, dans le style Jeopardy, parle de leggings comme Qu’est-ce qui est plus sexy qu’une coupe Longueuil? alors que Sophie Caron rétorque Qu’est-ce qui permet de lire sur les lèvres?

C’est cette même Sophie Caron qui fait s’esclaffer la foule quand, dans une scène où son mari, apparemment désespéré d’être cocu, mentionne qu’il veut aller se pendre au sous-sol. Elle lui réplique qu’il menace toujours de se suicider quand elle le trompe, ajoutant qu’il ne pourra pas se pendre parce que le plafond du sous-sol est un plafond suspendu. Elle lui rappelle d’ailleurs que la dernière fois qu’il a voulu se suicider, il s’est tiré dans la tête avec un fusil à eau et que tout ce qu’il a attrapé, c’est une otite!

Évidemment, il n’y a pas que le verbal, il y a aussi le jeu physique. Comment ne pas souligner Simon Rousseau en schizophrène se prenant pour Jésus ou Simon Boudreault en inventeur avec une jambe cassée?

Bref, le spectacle des Improductifs, c’est l’humour imprévisible livré par des comédiens hors-pairs, avec en prime le fait que le show est autant à la mesure de leur folie que de la folie du public qui définit, à chaque soir, une bonne partie du délire présenté sur scène. Et tiens, pour rigoler (un peu!) aux dépens de l’animateur Nicolas «People Be Aware» Pinson, si jamais vous le croisez, demandez-lui si un conifère fait partie de la faune ou de la flore…

Les Improductifs se produiront à nouveau les 17, 18 et 19 juillet au Studio Juste pour rire, à 21 heures.



 

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