[Primeur] La critique de WALL-E
Publié le: 26 juin 2008 à 11:12 (Dernière mise à jour: 12 novembre 2008 - 7:43)
WALL-E, la dernière création des studios d’animation Pixar distribuée par Disney , est une comédie romantique qui saura plaire à toute la famille. L’univers imaginé par Andrew Stanton réussit fort bien à générer des Awwwww, même si - parfois - on aurait aussi aimé pouvoir faire plus souvent Wow!.
– Avertissement: cette critique contient des spoilers –
Le concept original pour WALL-E a vu le jour lors d’un lunch mémorable de 1994, alors que les pionniers de Pixar - Andrew Stanton, John Lasseter, Pete Docter et le regretté Joe Ranft sont à échanger des idées. À l’époque, Toy Story est en production, et l’équipe réalise qu’il se pourrait fort bien qu’ils puissent réaliser d’autres films. C’est lors de cette rencontre que sont lancées les idées pour A Bug’s Life, Monsters, Inc. et Finding Nemo.
Andrew Stanton se rappelle que «l’une des choses qui est sortie de cette rencontre dont je me souviens est l’idée d’un petit robot laissé sur terre. On n’avait pas d’histoire. C’était une sorte de petit personnage du genre Robinson Crusoe… Et si l’humanité devait quitter la terre et que quelqu’un oubliait d’arrêter le dernier robot, et qu’il ne savait pas qu’il peut cesser de faire ce qu’il fait?»
Quatorze ans plus tard, le petit robot - WALL-E, acronyme de Waste Allocation Load Lifter Earth-Class - prend vie au grand écran. D’entrée de jeu, la mise en situation est excellente. On pourrait presque penser à des images tirées de I Am Legend lorsque l’on voit ce qui semble être une ville déserte, le temps que l’on réalise que ce qui a toutes les apparences d’édifices d’une gigantesque ville sont en fait des piles de détritus, compactés par WALL-E. La magnitude du travail accompli nous donne bien vite l’idée du temps qu’il a passé, seul, à effectuer sa tâche.
Lorsque WALL-E nous apparaît, il est instantanément crédible - et immensément sympathique -, autant grâce à la qualité de l’animation qu’à l’excellence du travail de Ben Burtt, le grand maître du son, lui qui a notamment donné sa voix à R2D2 dans les films de Star Wars. Le temps de mettre WALL-E en situation, de nous laisser découvrir qu’au fil des ans, il a acquis une bonne dose d’humanité, développé un intérêt de collectionneur pour les bricoles trouvées à travers les détritus qu’il compacte - d’un cube de Rubick à une boîte pour bague de diamant (et au diable la bague!), sans oublier de nombreuses pièces de rechange. Il s’est même fait un ami, Hal, un sympathique (et résistant) cafard.
C’est l’arrivée de EVE (acronyme de Extra-terrestrial Vegetation Evaluator), un robot qui est tout ce que WALL-E n’est pas - moderne, sophistiqué, armé - qui chambardera son quotidien. EVE est envoyée sur la Terre pour tenter de repérer de la végétation, un signe que la planète serait à nouveau habitable, que l’humanité en exil pourrait revenir. Si WALL-E a eu quelques siècles pour - fondamentalement - se dérégler et acquérir une humanité, EVE n’a pas, au départ, cette faille. Elle exécute docilement sa programmation, malgré les tentatives de WALL-E pour créer des liens. Les efforts de ce dernier mettront bien du temps à porter fruit et, comble de malchance, quand il réussira finalement à obtenir un peu d’attention de EVE, il lui offrira ce qu’elle est en fait programmée pour rechercher: une plante! EVE emmagasine le précieux cadeau et se met en mode veille, le temps que la fusée qui l’a livrée sur Terre revienne la chercher.
WALL-E ne sait pas qu’elle ne fait qu’exécuter sa programmation et il tente, sans succès, de la réanimer, tout comme il fait tout pour la protéger des éléments. Quand la fusée revient et reprend EVE, il n’hésite pas et se lance à sa poursuite, se trouvant du même coup ramené au vaisseau où se trouvent les humains en exil. C’est là que se dérouleront les péripéties de notre héros pour sauver sa dulcinée et, parallèlement, permettre à ce qui reste de l’humanité de retrouver ses sens.
D’entrée de jeu, je dirai que WALL-E est un excellent divertissement familial. Stanton et son équipe réussissent à merveille à rendre le personnage crédible, à bien ficeler la trame romantique entre WALL-E et EVE, et à créer le suspense de la poursuite menant au dénouement, heureux évidemment. Même le passage crucial où l’on pense que WALL-E est perdu est réussi à merveille: on a beau se dire que ça finira bien, on étire le moment juste assez longtemps pour que l’on ait un doute, un serrement dans la gorge, et hop: la finale.
Alors, pourquoi est-ce que j’ai l’impression de rester sur ma faim? En y réfléchissant bien, j’en arrive à la conclusion que c’est une question de rythme et de durée. WALL-E fait 1h33, sans doute pour rejoindre un jeune auditoire. Le film aurait facilement pu faire deux heures, ce qui aurait permis d’étoffer certains moments, ou encore il aurait pu ratisser un peu moins large: à trop vouloir en mettre, on dilue.
Toute la première partie du film, où l’on nous présente WALL-E, où EVE arrive dans le décor et où leur relation s’amorce tient fort bien la route. En fait, si le film poursuivait sur cette lancée une fois qu’EVE est ramenée sur le vaisseau où sont les terriens en exil, on pourrait parler d’un grand film. Le hic, c’est qu’à partir du moment où nos deux héros se retrouvent sur l’Axiom (c’est le nom du vaisseau), on en met trop, on en fait trop: trop de clins d’œil, trop de personnages effleurés superficiellement, trop d’actions à grand déploiement qui n’ont pas vraiment leur raison d’être.
On veut nous montrer la magnitude du vaisseau, le laisser-aller des humains servis par une multitude de robots, chacun de ceux-ci ayant une fonction donnée. Soit. On veut nous montrer aussi l’éveil de ces humains, le rappel à leur humanité en fait, grâce au contact qui s’établit, grâce à l’intervention des robots, entre deux humains, John et Mary, tout comme l’éveil du capitaine qui, enfin, a l’occasion d’assumer ses fonctions et de faire preuve de courage plutôt que de poursuivre sa sempiternelle routine.
Mais c’est justement cet effleurement de ce qui pourrait devenir intéressant, juste pour ajouter à l’action mais sans ajouter à l’histoire, qui achoppe. Et en plus, on nous intercale des scènes qui sont certes très belles – la danse dans l’espace de WALL-E et EVE – mais indûment longues. Un peu comme si on avait droit à des segments en mode avance rapide intercalés entre les segments à vitesse normale: vite vite vite pour les scènes d’action, puis hop, un p’tit ralenti pour un beau moment romantique.
WALL-E est, somme toute, un film où l’animation et la caractérisation des personnages principaux sont excellentes. Le premier tiers du film est du grand art. Par la suite, malheureusement, on s’éparpille à vouloir trop en mettre. La comédie romantique dramatique du début devient presque du vaudeville, et c’est dommage. Il aurait fallu choisir l’un ou l’autre, mais pas les deux.
Première parenthèse: avant le film, on a droit à un retour dans le temps, à l’époque où les films étaient précédés d’un dessin animé. Pixar excelle vraiment à réaliser ce genre de courts métrages et celui-ci est parfaitement à la hauteur. Rien de mieux pour accrocher l’attention de l’auditoire et, par le fait même, mettre tout le monde en mode silencieux et réceptif avec, en prime, une bonne dose de rigolade!
Seconde parenthèse: à la fin du film, ne quittez pas vos sièges trop vite; prenez plutôt le temps de regarder le générique pour y retrouver l’histoire de l’humanité - version WALL-E - à travers les arts visuels, des illustrations de l’époque des cavernes aux hiéroglyphes et même Van Gogh. Sublime!
Troisième et dernière parenthèse: l’excellente chanson Down To Earth, interprétée par Peter Gabriel accompagné par The Soweto Gospel Choir, qui accompagne le générique. À savourer!
WALL-E sort en salle au Québec le 27 juin et en France le 30 juillet.
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3 commentaires pour “[Primeur] La critique de WALL-E”
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je vous trouve très dur sur la 2eme partie du film.
Les scènes “longues” que vous dites, sont lyriques , belles et une véritable bouffée d’air frais dans un cinéma survolté.
Vous soulignez par contre correctement le défaut du film, son déséquilibre, qui est remarqué par presque tout le monde.
Je recommande tout de même chaudement ce film, si près de pouvoir être un classique du cinéma que c’en est frustrant, mais il a tant de merveilleuses scènes qu’il reste au moins un chef d’oeuvre de pixar.
@ oomu - Je vous concède que j’ai été dur pour la seconde moitié du film, et même avec le recul, je ne changerais pas ce que j’ai écrit.
Toutefois, pour les scènes que je qualifie de ‘longues’, je suis tout à fait d’accord avec vous qu’elles sont ‘lyriques, belles et une véritable bouffée d’air frais’. Si j’en souligne la ‘longueur’, ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas belles. C’est plutôt parce que, justement, elles tiennent du même rythme et du même ton que la première partie et semblent un peu parachutées à travers la folie qui règne sur l’Axiom.
Ceci étant dit, bien d’accord que c’est un film à voir!
Je retiendrai le message politique.
Dans une Amérique qui peut élire, si elle est digne d’elle même, Obama, un virage politique sera pris en particulier dans la politique écologique Us. Obama souhaitant développer des “emplois vert”, on est à mille lieues de la politique de BUsh et son refus de signer des conventions protégeant la planète ( ex Kyoto)
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