[Entrevue] La môme Cotillard
Marion Cotillard, récipiendaire de l’Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation d’Edith Piaf dans La vie en rose du réalisateur Olivier Dahan, parle du film et du rôle qui l’a propulsée sur le devant de la scène.
Photo: © PictureHouse/Bruno Calvo - Reproduction interdite
Samuel Pradier: Vous aviez entendu parler du projet avant d’être choisie, était-ce une évidence que vous alliez accepter le rôle d’Edith Piaf?
Marion Cotillard: Mon agent m’avait dit qu’on avait pensé à moi pour le rôle mais je ne me suis pas attardé à ça. D’une manière générale, je ne crois aux choses que lorsqu’elles sont faites. Je n’aime pas être déçue et comme il y a beaucoup de projets qui ne voient jamais le jour, je ne m’y suis pas attardée… jusqu’au jour où Olivier Dahan a voulu me rencontrer! On s’est tout de suite très bien entendus, même si je savais que je n’étais pas vraiment le premier choix des producteurs.
SP: Étiez-vous consciente de la portée de ce rôle ?
MC: Pas du tout. En plus, je ne connaissais pas vraiment la vie d’Édith Piaf. Par contre, je connaissais quelques-unes de ses chansons puisque quand j’avais 20 ans, je m’étais prise de passion pour la chanson réaliste et j’avais beaucoup écouté Piaf.
SP: Comment se prépare-t-on pour un rôle aussi fort ?
MC: Lorsque j’ai lu le scénario, je ne me suis pas rendu compte des difficultés que j’allais rencontrer. J’ai visionné quelques films dans lesquels elle a joué, des entrevues télés, etc… Mais ce n’est que sur le tournage, alors que j’étais parfois complètement épuisée, que j’ai pris conscience des difficultés. Le plus dur a été de trouver comment incarner Piaf en restant juste, sans faire de caricature. Tous les jours, je marchais sur un fil.
SP: Qu’est-ce qui a été le plus difficile?
MC: Le playback. C’est une technique vraiment très particulière et très dure à maîtriser. J’ai pris des cours avec un coach pour y arriver. C’est extrêmement complexe car on mesure ça au dixième de seconde. Il m’a fallu analyser la façon de chanter de Piaf, ses silences, ses respirations. C’était vraiment éprouvant. Au début, la première chanson, c’est intéressant, on prend du plaisir, mais à la fin, je n’en pouvais plus. Le tournage de la scène du concert à Dreux, où elle s’écroule et qu’elle demande à ce qu’on la ramène malgré tout sur scène était aussi très fort. J’ai beaucoup aimé toute la période où elle a 45 ans, même si elle en paraît 70.
SP: Qu’avez-vous pensé après le premier visionnement du film ?
MC: Je ne peux pas répondre à cette question, c’est beaucoup trop intime. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est mon plus beau rôle. Il s’agit d’un véritable tournant dans ma vie parce que je suis allée très loin. Je pense que je n’aborderai plus les prochains films de la même façon après celui-ci.
SP: Vous avez récemment tourné dans une production américaine, A Good Year de Ridley Scott avec Russell Crowe. Que retenez-vous de cette expérience ?
MC: J’avais déjà connu l’ambiance d’un plateau de tournage américain avec Tim Burton. Ridley Scott et Russell Crowe sont tellement simples, gentils et drôles qu’il est difficile de se sentir mal à l’aise avec eux. De toute façon, je ne suis pas une fille très inhibée. Sur le plateau, Russell faisait des blagues tout le temps, montrait des photos de son fils, offrait du vin à toute l’équipe. Quant à Ridley, il a simplement respecté mon travail. C’était une belle expérience.
SP: Avec le succès de La vie en rose à travers le monde et ce film américain, avez-vous l’intention d’internationaliser votre carrière ?
MC: Je fais mon métier sans barrières. Pour moi, le cinéma n’a pas de frontières. Que ce soit français ou américain ou d’un autre pays, ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’aime raconter une histoire et faire des belles rencontres.
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