Blogosphère - Gestion de crise: Marie-Claire Idées (MCI) patauge…
Le 25 mai dernier, LeBuzz.info publiait un article intitulé Blogosphère - Marie-Claire Idées coupable de plagiat d’un blogue?. Le texte soulevait la question d’un possible plagiat d’un blogue par un magazine imprimé.
Pour résumer la situation, une blogueuse - Yaguel - allègue que le magazine Marie-Claire Idées (MCI) reprend, dans un texte rédigé par Marie-France Annasse et publié dans le numéro 69 de Marie-Claire Idées, une création qu’elle a mise en ligne le 26 octobre 2006. La blogueuse y va d’un coup de gueule sur son blogue le 16 mai et, à la même date, d’une intervention sur les forums de MCI.
Comme c’est souvent le cas dans de telles situations, les esprits s’enflamment vite: les défenseurs de Yaguel interviennent, parfois de façon virulente, pour dénoncer la situation, tant dans la section commentaires du blogue de Yaguel que sur les forums de MCI. Les défenseurs de la journaliste font de même. Quant à la rédaction du magazine, il faudra quatre jours avant que quelqu’un n’intervienne publiquement sur les forums du magazine… pour dire qu’une réponse viendra plus tard! Enfin, la journaliste elle-même publie un billet sur son blogue intitulé Consternation, dans lequel elle réplique aux accusations de Yaguel:
la création du modéle des sandales au crochet est radicalement différente.
Mon nom, mes coordonnées sont largement diffusées sur ces blogs qui m’accusent de plagiat et de vol…
Avant de prendre les dispositions légales qui s’imposent, je demande à ces différentes personnes d’effacer leurs déclarations déplacées écrites et diffusées sur le net qui me portent préjudice et ont un caractère diffamatoire.
Je me tiens à votre disposition si une plainte doit être déposée pour le plagiat des semelles antidérapantes pour vous communiquer les coordonnées de mon avocat qui vient de me commander une paire de sCandales pointure 46 pour l’été….
Je note trois éléments à cette réplique de la journaliste:
1) Elle élude la plainte initiale de Yaguel: c’est une évidence qu’une sandale complète sera différente d’une simple semelle, mais ça ne répond aucunement aux allégations de Yaguel.
2) Elle veut faire taire les intervenants: la menace de poursuites en justice est appropriée dans la mesure où ce n’est pas parce qu’il y a allégation qu’il y a automatiquement culpabilité. Trop souvent, les internautes jugent «à chaud» et - chose fréquente lorsque l’on se sent protégé par le relatif anonymat d’un pseudonyme sur le Web - ne mâchent pas leurs mots quand il s’agit de critiquer, d’attaquer ou de condamner, que ce soit à tort ou à raison. Or, dans bien des cas, les écrits restent (mais pas toujours, comme vous le verrez plus loin). Toutefois, entre demander que les propos demeurent modérés, sous menace de poursuites, et demander le retrait de tout ce qui fait référence aux accusations de plagiat, il y a une marge!
3) Elle fait preuve d’arrogance: sa conclusion, faisant référence à son avocate qui a commandé des «sCandales», se voulait-elle humoristique? Si c’est le cas, c’est raté. Au mieux, on peut y voir de l’arrogance et, au pire, du mépris.
Du côté de Marie-Claire Idées, après avoir laissé penser sur les forums qu’une réaction plus étoffée qu’un simple accusé de réception était à venir, il semble que l’on a plutôt opté pour une solution à la Jean Yanne: «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil!»
Dans un premier temps, le commentaire de Yaguel et tout le fil de discussion qui a suivi a été effacé des forums. Dans un deuxième temps, Marie-Claire Idées a démarré un autre fil de discussion, en donnant bien le ton voulu:
L’esprit de Marie Claire Idées est avant tout de vous donner et de partager des idées créatives. Plagiat ou copie sont très éloignées de notre philosophie.
La rédaction de Marie Claire Idées soutient Marie-France Annasse et dément toute copie volontaire. En réalisant les sandales au crochet du N°69, elle a tout simplement fait preuve de logique pour la réalisation de ses semelles : en faisant ses achats de fournitures au BHV, elle a été conseillée par le vendeur du rayon cordonnerie…
En espérant que les messages négatifs à l’égard de Marie-France et du magazine s’arrêteront là, afin de retrouver le bon esprit propre à l’univers que nous partageons ensemble.
La rédaction
Marie-Claire Idées aurait tout aussi bien pu verrouiller le fil de discussion initial, éditer les commentaires jugés non-conformes à sa charte (s’il y en avait) en précisant les écarts de conduite, ou même bannir les utilisateurs abusifs. Mais non. On efface tout et on recommence! C’est faire preuve là d’une bien grande naïveté ou d’une remarquable méconnaissance du Web si la rédaction de MCI croit qu’il suffit d’effacer un fil de discussion pour qu’une situation donnée disparaisse d’elle-même.
Dans le nouveau fil de discussion lancé par la rédaction de MCI, lorsque l’on regarde la situation de l’extérieur plutôt qu’en tant que partie prenante pour l’une ou l’autre des parties, on note avec intérêt les choix terminologiques du billet. Il est précisé «La rédaction de Marie Claire Idées soutient Marie-France Annasse et dément toute copie volontaire.» Au-delà de la tentative de calmer les esprits - et le ton - de cette mini-tempête blogosphérique, cette phrase précise clairement la position du magazine. Tout tient en un mot: volontaire.
Si je lis quotidiennement une foule de sites Web de tous genres pour m’informer sur un domaine donné, il est évident que j’enregistre mentalement une partie des informations lues, même si je ne garde pas nécessairement de liens vers les pages lues ou que je ne note pas spécifiquement chaque chose qui me frappe et sa source. Si, plusieurs mois plus tard, j’ai une idée d’article et que j’écris un texte basé sur mes connaissances personnelles, qu’est-ce qui me dit qu’il n’y a pas possiblement une parties des idées que j’ai eues qui ne me sont pas en fait venues d’un texte lu dans le passé?
Comme je l’ai dit précédemment, sur le Web, les esprits s’enflamment vite. Parfois trop vite. Or, en oblitérant le premier fil de discussion sur ses forums plutôt que d’y intégrer son commentaire qui a servi à démarrer un nouveau fil de discussion - quitte à aussi verrouiller la discussion - Marie-Claire Idées n’a fait que jeter de l’huile sur le feu plutôt que de calmer le jeu. Décidemment, les grosses boîtes ont encore beaucoup de chemin à faire pour commencer à comprendre comment interagir avec l’univers numérique et ceux qui y vivent…
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5 commentaires pour “Blogosphère - Gestion de crise: Marie-Claire Idées (MCI) patauge…”
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C’est vrai que “démentir une copie volontaire” est une locution…amusante, qui sous-entend la copie involontaire. Je connaissais homicide involontaire (c’est à dire que l’intention de nuire n’était pas intentionnelle) mais copie involontaire ? Je suis venue sur le blog, j’ai vu l’idée, je l’ai oubliée, mais je m’en souviens suffisamment pour la reprendre à mon compte pour la vendre…mais c’est pas intentionnel ?
Je dois dire que je suis complètement d’accord sur le fait que MCI a encore beaucoup à apprendre en matière de gestion de crise…
Je suis beaucoup moins d’accord sur l’analyse du message de l’autre créatrice:
sans vraiment connaître tous les tenants et aboutissants de l’histoire, c’est quoi la plainte originelle de Yaguel, si ce n’est pas le plagiat du concept (ce qui franchement ne veut rien dire)? Elle dit elle-même sur le blog que l’idée originelle vient du vendeur BHV! Qu’est-ce qu’elle apporte exactement ?
Par ailleurs, j’ai pour ma part trouvé le jeu de mots sCandales plutôt drôle. Peut-être pas idéal dans le cadre d’une réponse par ailleurs sérieuse. Les goûts et les couleurs…
Yvan. Vous m’avez mal lu, je pense. J’ai précisément écrit le contraire. Je suis allée au BHV avec mon idée précise. Et j’ai bien écrit “ce n’est pas le vendeur du BHV qui m’a soufflé l’idée de la semelle (pour résumé) que je sache !”
Ce qui signifie que face à ma demande, le vendeur m’a proposé plusieurs solutions, et j’en ai retenu que quelques-unes. Je n’ai testé que 2 options.
Le rayon cordonnerie du BHV est à l’étage “bricolage” et non au “rayon loisirs créatifs”. Ce qui signifie qu’aucune styliste maille (comme Nancy Waille ou Cendrine Armani, crocheteuses spécialistes) n’a proposé ce concept. J’en ai eu l’idée, l’ai mûri et ai développé un mode opératoire en conséquence.
Ecrit ainsi, est-ce plus clair ?
Yaguel, en utilisant cette formulation, Marie-Claire Idées fait effectivement part de sa position d’un point de vue juridique: on ne nie pas directement qu’il puisse y avoir eu copie, MAIS on affirme qu’il n’y a pas eu copie volontaire. La nuance est importante.
Hypothétiquement, si l’affaire se rend jusque devant un juge, Marie-Claire Idées a stipulé, dans ses propos, soutenir la position de Marie-France Annasse et a démenti la copie volontaire. Cela signifie que la personne se plaignant d’un plagiat, en l’occurence Yaguel, devra, dans un premier temps, démontrer qu’il y a bel et bien plagiat. Toujours hypothétiquement, il faudra donc, probablement en ayant recours à des experts qui se seront penchés sur le dossier, démontrer le plagiat, avec, de l’autre côté, des experts appelés par Marie-Claire Idées démontrant l’absence de plagiat.
Admettons, uniquement à des fins de discussion, que l’on arrive à démontrer le plagiat. Reste à déterminer si celui-ci a été volontaire ou non. Comme je le dis dans mon texte, si une information a été vue, enregistrée mentalement, et qu’elle me revient x temps plus tard, sans que je me rappelle que c’est quelque chose que j’ai lu quelque part, on ne peut conclure à un plagiat volontaire.
Un autre exemple, tiré du monde de la musique: un compositeur se retrouve avec une poursuite de plagiat. Il nie tout. Au fil des procédures, il ressort qu’il a possiblement entendu la pièce plagiée, à la radio ou ailleurs, possiblement plusieurs années avant. Inconsciemment, la mélodie lui est restée en mémoire et quand, beaucoup plus tard, il a composé sa propre pièce, ce qu’il a pensé être une inspiration soudaine est en fait une réémergence de son souvenir de la mélodie entendue. Techniquement, les experts pourront en arriver à démontrer qu’il y a plagiat, mais rien ne permettra de démontrer que celui-ci est volontaire.
Ultimement, devant un tribunal, cela aura une incidence directe sur le verdict et sur la condamnation qui sera imposée.
Le hic dans de telles causes, pour le commun des mortels, c’est que lorsque l’on regarde les coûts impliqués pour mener de telles poursuites à terme, le particulier est généralement loin d’avoir les ressources financières nécessaires face à une entreprise qui, elle, peut se permettre d’étirer les procédures et multiplier les interventions (et les coûts afférents) pendant longtemps.
Nous sommes tous égaux devant la justice, en autant que nous ayons les moyens financiers de notre égalité.
Et justement, cette inégalité, M-F Anasse ne se prive pas de l’utiliser comme moyen de pression sur la communauté des blogueuses qui ont osé soutenir Yaguel.
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