Blogosphère - Marie-Claire Idées coupable de plagiat d’un blogue?
Publié le: 25 mai 2008 à 5:05 (Dernière mise à jour: 26 mai 2008 - 6:50)
D’après Yaguel, blogueuse qui partage ses créations en crochet et en tricot, un de ses billets aurait été reproduit - sans autorisation - par Marie-Claire Idées (MCI) dans son dernier numéro. Un blog plagié par un magazine? La situation, si elle est vraie, a de quoi inquiéter…
Yaguel est la blogueuse derrière Talons aiguilles, un carnet spécialisé en crochet et en tricot. Sur son blog, la jeune femme propose, depuis septembre 2006, toutes sortes de trucs et astuces ainsi que des créations de son propre cru.
Le 26 octobre 2006, Yaguel publie un billet, Création d’une semelle de chaussures pour l’extérieur, après l’avoir, selon ce qu’elle y écrit: “spécialement rédigé à l’attention de Christhalinette mais je la mets à disposition de toutes, puisque cette méthode est de ma création.”
Jusque là, tout va bien.
Jusqu’au 16 mai dernier. En effet, Yaguel va acheter le dernier numéro de Marie-Claire Idées (MCI). Elle éprouve un choc - le mot est faible - à la lecture des pages 109 et 163, sur lesquelles elle découvre une paire de sandales au crochet dont la semelle est fixée sur un anti-dérapant. Elle publie illico un Coup de gueule contre Marie-Claire Idées! dans lequel elle s’insurge et prend ses lectrices à témoin:
De plus, Yaguel se rend sur le forum de MCI pour y prévenir la rédaction du magazine. Elle y soulève les points suivants:
Quand on souhaite publier une idée d’une autre créatrice, la moindre des choses est de demander son autorisation, en l’occurrence la mienne! Ce qui n’a pas été fait.
Je me sens spoliée, je suis écœurée. Je tenais à vous le dire.
Pourquoi mon travail créatif n’est-il pas respecté au même titre que celui de la Droguerie dont vous publiez un modèle de bikini, en le citant? Parce que je suis une amatrice et non une professionnelle? Parce que je suis sur la blogosphère et non une entité juridique?
Je suis bien curieuse d’avoir une réponse!»
La rédaction de MCI - et la journaliste Marie-France Annasse, rédactrice de l’article en question, qui possède un blogue professionnel - restent muettes jusqu’au 20 mai pour l’une et jusqu’au 22 mai pour l’autre.
Un message de la rédaction de MCI est affiché sur le forum, où Corinne explique à Yaguel: «je me renseigne et je reviens vers vous pour des explications»… explications qui, soit n’ont jamais été données puisqu’on ne voit rien sur ledit forum, soit l’ont été de manière privée. Parallèlement, Yaguel entreprend des actions plus précises contre MCI et décide de confier le dossier à une avocate et de porter plainte officiellement.
De son côté, Marie-France Annasse publie un billet, Consternation, dans lequel elle souligne:
Difficile de savoir comment l’affaire va évoluer. D’un côté, et Yaguel a raison quand elle soulève la question, comment un “simple” blogueur peut-il faire respecter ses droits? S’il s’avère que MCI, via l’article de Marie-France Annasse, a bel et bien plagié son billet, comment la publication va-t-elle réagir?
Si l’usage sur le Web veut, qu’en cas de plagiat, on retire tout simplement le lien, il est impossible d’appliquer le même principe pour un média imprimé. Un erratum? Une notice - comme on en voit régulièrement sur bon nombre de pages couverture de magazine people - de condamnation?
À l’inverse, s’il s’avère que Marie-France Annasse n’a pas plagié le billet de Yaguel, comment la journaliste peut-elle, publiquement, laver son nom?
J’ai été surprise de constater qu’il n’existe pas de Conseil de presse en France - l’Association de préfiguration d’un conseil de presse en France (APCP) essaye d’ailleurs d’en établir un -. Un tel organisme - voir celui du Québec - n’a aucun pouvoir juridique, c’est un tribunal d’honneur, auprès duquel tout citoyen peut gratuitement déposer une plainte, qui sera ensuite examinée. Pour revenir au cas qui nous occupe, l’existence d’un tel organisme en France permettrait à des blogueurs comme Yaguel de faire valoir leurs droits et d’obtenir, si la publication est coupable, une réparation morale. De la même manière, tout journaliste, et, bien sûr, tout média incriminé, est ainsi assuré de l’étude objective et transparente de la plainte et obtient donc une réparation morale en cas d’accusation non fondée.
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6 commentaires pour “Blogosphère - Marie-Claire Idées coupable de plagiat d’un blogue?”
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Difficile de tirer des conclusions - qu’elles soient juridiques ou d’opinion - sans avoir lu l’intégralité des deux textes. Toutefois, j’avoue que l’absence de réaction étoffée de la part du magazine Marie-Claire Idées et la façon dont la rédactrice du texte contesté, Marie-France Annasse, évite entièrement le fond des doléances de Yaguel me laisse perplexe. En effet, Yaguel évoque DEUX éléments, tous deux importants: l’appropriation de son concept, et le plagiat de sa description méthodologique.
Or, s’il est tout à fait plausible qu’une autre personne ait eu la même idée que Yaguel, il est beaucoup moins plausible que cette similitude d’idées s’étende à l’ensemble du processus de fabrication. Or, sur ce point, Mme Annasse demeure bien silencieuse, préférant rétorquer par la menace juridique.
Un dossier à suivre…
Commentaire de Benoît Bisson que je trouve précis, concis et très bien écrit.
Le plagiat semble flagrant à la lecture de l’article et du billet de blog.
J’ai donc envoyé un gentil mail à la “journaliste” de Marie-Claire, vu qu’elle interdit les commentaires sur son blog.
Décidément, les anciennes générations ne semblent aps se rendre compte des dégats en terme d’image que peut faire une affaire comme celle-ci, qui a franchi la frontière des blogs féminins pour s’étendre sur le web.
Manquerait plus qu’elle fasse un procès, ce serait assez amusant ! Faudrait peut-être contacter Maître Eolas
Hmm, Moktarama, votre propos me laisse un peu perplexe. Je suis âgé de 53 ans, est-ce que je fais partie de ces ‘anciennes générations’? Est-ce plutôt 60 ans? 65?
Voulez-vous plutôt parler de la génération ‘papier’ vs la génération Web? Je fais des deux, alors je me case où? Ancienne génération ou nouvelle?
Je pense qu’il faut éviter de tomber dans le piège de la généralisation. Les questions d’éthique relèvent des individus, pas de tranches d’âge ou du média utilisé.
Pardon si je vous ai offensé en quoi que ce soit. En fait d’ancienne, je ne pensais pas vieux, mais effectivement “papier”
En fait, j’ai été trop concis, je faisais référence au billet de réponse de la journaliste de Marie-Claire, qui non seulement est hautain, mais en plus clairement dédaigneux. Et, par ailleurs, interdit aux commentaires, ce qui est dommage car cela eut permis de mieux circonscrire les dégats. Pour quelqu’un qui a un blog, je trouve cela très peu réfléchi. Surtout compte tenu de la nature parfois ravageuse du web, qui parfois flambe comme un feu de paille.
Et si j’ai quelques préjugés (vu que vous me posez la question au paragraphe 1) sur les “vieilles” génération - de mon point de vue de bambin, vous en êtes - , il ne me paraît également pas forcément péjoratif que de dire que plus on monte en génération, plus ces outils - le web et son exploration - sont méconnus. Avec de notables exceptions bien sûr
.
Mais vous pourriez me rétorquer que les jeunes générations ont également les skyblogs à leur actif…allez, bonne soirée et au plaisir de vous lire !
Moktarama, merci pour les clarifications.
Je suis d’accord avec vous qu’il est dommage que la journaliste ne permette pas les commentaires sur son blogue. À mon humble avis, ceux-ci font partie de la nature même d’un blogue, sinon, aussi bien se créer une page Web perso où l’on présente ce que l’on veut plutôt que d’utiliser un outil permettant l’échange pour ensuite désactiver cette fonctionnalité!
Ceci étant dit, je comprends aussi parfaitement - et je pratique - un certain contrôle sur les commentaires. Les propos vulgaires ou injurieux n’ont pas leur place et un blogue, malgré sa disponibilité publique, demeure un espace privé, géré à la discrétion de son auteur(e), selon ses règles. Je lis trop souvent des gens qui prétendent à la ‘liberté d’expression’, quand - dans les faits - ils oublient le fait qu’ils s’expriment sur un site visible de tous, certes, mais appartenant à un individu ou à une entreprise, pas sur une place publique dans le sens juridique du terme.
Enfin, on pourrait (et l’occasion se présentera probablement prochainement, lorsque je toucherai le sujet dans le cadre d’un dossier) échanger longuement sur les particularités des générations vs le Web (même sans parler des skyblogs!).
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