Top

Les blogueurs russes inquiets

Isabelle Hontebeyrie
Publié le: 27 avril 2008 à 10:09 (Dernière mise à jour: 27 avril 2008 - 10:20)

Alors que les membres de la Douma, le parlement Russe, viennent de commencer le processus d’adoption, à 339 voix contre une, d’une loi autorisant l’État à «suspendre et fermer des organes de presse pour diffamation et calomnie», les blogueurs Russes expriment leurs craintes de se voir également bâillonnés.

Toute l’histoire a commencé quand le quotidien Moscovsky Korrespondent a publié une nouvelle affirmant que Vladimir Poutine, avait divorcé et s’apprêtait à épouser Alina Kabaïeva, médaillée d’or aux Jeux olympiques de 2004 et maintenant députée.

L’affaire du Moscovsky Korrespondent

Poutine, furieux, a fait fermer le journal et son site web, qui a d’ailleurs rouvert depuis. Le Moscovsky Korrespondent est la propriété du milliardaire russe Alexandre Lebedev - qui tient d’ailleurs un site personnel (ce qui m’a permis de trouver l’URL du quotidien) - l’un des membres de ce cercle fermé et puissant des oligarches russes. Stanislav Belkovsky, un autre milliardaire russe, affirme d’ailleurs que Vladimir Poutine en ferait partie avec une fortune personnelle de 41 milliards de dollars. De là à en déduire que ce n’est pas tant l’histoire de sa liaison mais une question d’affirmation de pouvoir personnel qui a motivé Poutine à sévir contre le quotidien, il n’y a qu’un pas. Surtout quand on sait que Lebedev est également le propriétaire de la Novaya Gazeta, publication dans laquelle travaillait Anna Politkovskaya, journaliste assassinée…

Soucieux de contrôler les médias, Vladimir Poutine a donc profité de cette histoire pour amorcer la mise en place d’une loi, qui lui permet de suspendre et de fermer m’importe quel média pour diffamation et calomnie. Selon la traduction de l’Associated Press, relayée par le Nouvel Observateur:

«la diffamation est définie comme “dissémination délibérée de fausses informations portant atteinte à l’honneur individuel et à la dignité”. La loi serait assortie des mêmes sanctions que l’apologie du terrorisme, de l’extrémisme et que l’incitation à la haine raciale.»

Diantre, on ne fait pas dans la dentelle!

Résultat, Grigory Nekhoroshev, l’ancien rédacteur en chef du Moscovsky Korrespondent se fend d’une lettre d’excuses, publiée en une du site web et dans laquelle il déclare (selon la traduction de Google):

«Oui, [nous avons] publié une information non vérifiée, et comme on le sait maintenant, fausse. [...] Le personnel et moi-même en portons désormais l’entière responsabilité.»
Les blogueurs dans la ligne de mire du pouvoir

Parallèlement, et ce depuis quelques mois, les blogueurs se sentent menacés. Live Journal, qui regroupe 569 588 carnétistes russes, ce qui représente 50% des blogues du pays, pourrait bien devoir cesser ses opérations dans la Fédération. D’après les informations rapportées par Matthew Schaaf, consultant pour Human Rights Watch:

«Savva Terentyev, un musicien de Syktyvkar, ville à 1000 km au nord-est de Moscou, est traduit devant la justice pour extrémisme parce qu’il a critiqué la police locale en se défoulant dans la section des commentaires sur le blogue d’un autre utilisateur de LiveJournal.»

C’est la première fois que s’ouvre, en Russie, le procès d’un blogueur. Celui-ci a insulté les autorités de la ville, les a accusé d’être corrompues et a critiqué leur acharnement contre une publication locale. Il a même, en utilisant un parallèle avec les fours crématoires d’Auschwitz, suggéré qu’on fasse brûler les flics pourris pour nettoyer la localité.

Par ailleurs, depuis le début de l’année, le gouvernement russe oblige les fournisseurs d’accès à permettre la surveillance des courriels. De plus, des sites web en Sibérie et en Russie du Nord qui ont critiqué le gouvernement se sont vus dans l’obligation de s’inscrire comme “mass médias”, ce qui les place directement sous le coup de lois qui restreignent leur liberté d’expression.

Oleg Panfilov, directeur du Center for Journalism in Extreme Situations basé à Moscou, souligne:

«Les autorités sont extrêmement préoccupées par le Web. Elles ont vu comment Internet a été utilisé en Ukraine comme source alternative d’information, alors même que le reste des médias était contrôlé.»

Nikolai Basmanov, enquêteur principal dans le dossier de Savva Terentyev, explique avec candeur:

«Nous pensons que personne n’a le droit d’offenser les gens. En Russie, nous avons un proverbe: ‘Les mots peuvent faire mal.’»

L’absence de mots aussi.



 

« PRÉCÉDENT
Fouad al-Farhan libéré
SUIVANT »
Quand graffiti rime avec connerie






Aucun commentaire pour “Les blogueurs russes inquiets”


Trackback: http://lebuzz.info/2008/04/545/les-blogueurs-russes-inquiets/trackback/

Laissez un commentaire:

Bottom