Vélo: à l’encontre du politically correct
Publié le: 24 avril 2008 à 10:30 (Dernière mise à jour: 12 octobre 2009 - 12:18)
Avec la fonte de la neige, on a vu ressortir les écureuils, les p’tits oiseaux, les cyclistes, les skateboards et les patins à roues alignées, autant de bestioles qui s’ajoutent aux piétons dans les rues de Montréal. Évidemment, il y a aussi les autos, et les motos.
À l’ère du politically correct, les médias semblent prendre un malin plaisir à nous parler, par exemple, des infrastructures manquantes pour les cyclistes en ville, du nombre élevé d’accidents dont ils sont victimes. On mentionne aussi souvent, avec raison, à quel point la ville – et ceux qui y vivent – se porteraient mieux si l’on mettait plus souvent de côté la bagnole pour se déplacer à vélo.
Entendons-nous bien: je n’ai rien contre les vélos. En fait, je n’ai rien contre quelque moyen de transport que ce soit: vélo, skate, roller, auto, moto, 2 jambes, 4 pattes, mais – et c’est un gros mais! – j’en ai contre la bêtise sur la voie publique.
C’est quoi la bêtise?
La bêtise première, vachement présente à Montréal, c’est la notion qu’a une personne que, bien que nous vivions en société et qu’il y ait des règles établies, ces règles sont pour les autres. Ce que ça donne, c’est, par exemple, des piétons qui traversent où ils veulent, quand ils veulent. Toutes les foutues excuses sont bonnes: traverser en diagonale à 2 mètres d’une intersection parce que ça serait trop forçant de traverser là où on est sensé le faire, ne pas attendre le feu vert pour traverser, ne pas arrêter quand la signalisation indique que le feu va changer… Bref, que les véhicules motorisés attendent, moé j’passe, s’tie!
La bêtise, c’est aussi des cyclistes qui n’ont rien à foutre de la signalisation, qu’elle soit sur la rue ou la piste cyclable. Un stop? M’en crisse! Un feu rouge? Pareil! Rouler à contresens, que ce soit sur une voie où il y a circulation dans les deux sens ou un sens unique? Go! C’est sans oublier ceux qui roulent à fond de train sur le trottoir, parce qu’ils considèrent que c’est trop dangereux dans la rue, et les autres qui prennent toute une voie dans la rue parce que «j’ai autant de droits que les crisse de chars!»
En résumé, la bêtise, c’est de se foutre éperdument des autres et des règlements et ne penser qu’à son petit nombril à soi. Attention! La même règle s’applique aux automobiles et autres véhicules motorisés: s’arrêter à une intersection en se foutant de la traverse de piétons, accélérer quand le feu passe au rouge pour gagner 2 secondes sur son trajet, c’est aussi une belle démonstration de crétinisme social. Je ne parle même pas des abrutis observés lisant leur journal au volant à l’heure de pointe ou… regardant la télé! Vive la techno dans les voitures…
Au-delà des discours
En lisant un texte de Catherine Handfield sur Cyberpresse intitulé Pédaler à Montréal, un sport dangereux, je n’ai pu m’empêcher de grincer des dents. L’accent est mis sur le nombre de décès, de même que sur l’absence d’infrastructures adéquates. On peut notamment y lire:
Aujourd’hui, 110 000 Montréalais utilisent le vélo comme principal moyen de transport, selon Vélo Québec. Et ils se partagent 400 km de voies cyclables rarement connectées les unes aux autres.
«L’un de nos objectifs est de doubler les voies cyclables en sept ans, de les améliorer et d’assurer la continuité du réseau», répond le responsable de l’aménagement urbain et du transport collectif à la Ville, André Lavallée. Il précise que le Plan de transport sera adopté dans les prochaines semaines et qu’il y aura d’importantes annonces.
Au SPVM, le commandant Daniel Touchette, du module Sécurité routière et Circulation, promet des opérations de sensibilisation. L’an dernier, les policiers ont émis 1884 contraventions aux cyclistes, comparativement à 8907 aux piétons.
Il aurait été intéressant que le directeur des relations publiques de Vélo Québec, Patrick Howe, aille plus loin que de simplement dire «Ça fait près de 20 ans que le réseau cyclable n’a pratiquement pas évolué». Il aurait peut-être pu ajouter quelque chose du genre «Ça fait près de 20 ans que le mépris de bien des cyclistes pour la signalisation n’a pratiquement pas évolué».
Une question d’équilibre
Au quotidien, il m’arrive d’être tour-à-tour automobiliste, motocycliste, cycliste et piéton, et peu importe mon mode de transport de l’heure, je peux vous garantir que les autres utilisateurs de la voie publique trouvent le moyen de me foutre en rogne. Pourquoi? Parce que dans l’ensemble, personne ne respecte personne, et que bien peu est fait pour éduquer, sensibiliser. Comment un gamin qui suit ses parents à vélo peut-il apprendre à respecter les règlements quand ses parents ne le font pas? Comment peut-il apprendre à être plus tard un automobiliste responsable quand le paternel (ou môman) fonce quand le feu passe au rouge?
Évidemment, quand on voit une voiture de police à une intersection, avec deux policiers qui discutent en attendant que le feu change, tout en ignorant les 2, 3 ou 4 cyclistes qui passent alors qu’ils devraient s’arrêter, les squeegies qui foncent sur les voitures et les piétons qui naviguent entre les voitures pour traverser en diagonale et arriver devant la porte de leur boutique préférée, on comprend que le je-m’en-foutisme règne un p’tit peu. Pour tout le monde. Et je ne dis pas que je n’ai jamais péché. Si, si. Ça m’est arrivé – ça m’arrive – aussi.
Mais à voir le niveau de grogne généralisé, pour ne pas dire l’agressivité flagrante de tous, je pense que tout en se penchant sur les infrastructures urbaines, il serait vachement temps que l’on se penche sur les infrastructures entre les deux oreilles des utilisateurs de la voie publique, et ce de la petite école à la maison en passant par la sensibilisation – et l’intervention – de la part des autorités en place.
Je concède qu’il est plus payant – et facile – de payer des préposés pour distribuer des contraventions pour infraction aux règlements de stationnement que d’ajouter des effectifs policiers pour intervenir auprès des cyclistes, piétons, skaters et rollerbladers. Mais on se leurre joyeusement si l’on pense que la solution est essentiellement d’ajouter des pistes cyclables.
Je vous invite
Si le coeur vous en dit, faites-nous parvenir vos photos d’infractions (en format jpg), qu’elles soient commise par un piéton, un skater, un rollerblader, un motocycliste ou un automobiliste. Les plus criantes seront publiées dans une galerie photo sur Le Buzz. Si possible, donnez quelques détails, i.e. le lieu où la photo a été prise, la date, les éléments anecdotiques de la situation. Indiquez aussi si vous voulez que votre nom soit publié avec votre photo ou non.
Évidemment, nous ne nous engageons pas à publier lesdites photos, et nous nous réservons le droit de les modifier pour protéger l’identité des innocents (et couvrir notre cul juridiquement!). Et surtout, ne faites pas vous-même de conneries – du genre croquer la photo avec votre cellulaire pendant que vous êtes au volant!
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