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[Entrevue] Patrick Bruel

Samuel Pradier
Publié le: 29 avril 2008 à 14:59 (Dernière mise à jour: 18 juin 2008 - 13:55)

J’ai rencontré Patrick Bruel à Paris, entre deux rendez-vous. Bruel fût d’ailleurs de passage au Québec il n’y a pas si longtemps, en profitant pour lancer son nouvel album, Des souvenirs… ensemble (Live).

Patrick Bruel

Photo: © Sony/BMG

Samuel Pradier: Vous avez énormément de succès en France et en Europe. Pourquoi dépenser du temps et de l’énergie pour faire carrière au Québec?

Bruel - Live

Patrick Bruel: C’est vrai qu’il n’y a pas de cohérence entre le temps donné et le potentiel sur lequel on peut compter. Finalement, la cohérence est dans la recherche d’émotions, l’émotion qu’on me donne quand j’arrive sur scène au Québec. Je fais ce métier pour ça, pour avoir des sensations. Je ne vais pas vendre plus de disques au Québec que je n’en vends ailleurs, je ne vais pas non plus gagner plus de sous; je viens donc forcément pour les bonnes raisons, c’est à dire pour le plaisir. Comme j’ai le droit de choisir, j’ai décidé de me faire plaisir dans la vie. Chaque fois que je viens au Québec, je repars avec de jolis sourires, de la lumière dans les yeux, avec des gens qui m’ont donné de l’affection. Et il y a aussi une équipe chez Musicor qui a vraiment envie de faire des choses avec moi. Comme je change de compagnie de disque et que je vais y retrouver des gens que j’aime beaucoup, qui partagent le même enthousiasme que moi. Et puis, je connais pleins de gens au Québec. Je me partage entre la table de poker de Guy Laliberté et d’autres amis (rires).

SP: Beaucoup d’artistes québécois tentent, actuellement, de percer en France…

PB: Ils ont raison et ils sont les bienvenus. Quand ils viennent avec de jolies chansons et avec des voix en général assez exceptionnelles, ce serait bien dommage de ne pas les accueillir. De toute façon, personne ne décide s’ils ont le droit de venir ou pas. Ce sont des artistes, ils viennent tenter leur chance et, si le public les aime, ils seront adoptés. Il y a beaucoup d’artistes québécois en France. Il y a en a même qu’on aimerait faire un peu plus connaître, comme Pierre Lapointe. C’est bien ce qu’il fait, mais il n’a pas encore eu le succès qu’il méritait en France.

SP: Y a-t-il un artiste québécois qui vous impressionne?

PB: Je reviens tout juste des concerts que l’on fait pour les Restaurants du cœur. Cette année, Céline Dion est venue. C’était magnifique de voir le respect qu’elle a pour les autres artistes. Elle est entrée sur scène, elle a chanté incroyablement, sans avoir répété. Elle a élevé tous les autres chanteurs à un niveau supérieur; elle a été applaudie par tout le monde. On a tous été très touché de la voir. C’est une artiste qui a été complètement adoptée pour son talent, sa générosité et son humilité.

L’envie, c’est la force de faire les choses, l’enthousiasme, c’est pour les accomplir, et le respect, c’est de ne pas faire n’importe quoi.

SP: Quand vous arrêtez vos tournées, cette vie vous manque-t-elle?

PB: Non, je ne m’ennuie jamais. J’adore la vie de tournée, vivre dans les hôtels et visiter des villes, mais j’adore rentrer chez moi. Je ne peux pas rester longtemps sans voir mes enfants. J’aime aussi vivre à Paris qui est une ville formidable où il se passe pleins de choses culturellement, artistiquement, socialement. Mais je travaille beaucoup. J’ai une société à travers laquelle je développe actuellement un site internet de poker. Wam-Poker est pour l’instant une école et un forum de discussions. On attend que la législation avance pour devenir un site de jeu en ligne.

SP: Que pensent vos enfants d’être les fils de Patrick Bruel?

PB: Ils ont seulement deux et quatre ans, ils ne réalisent donc pas trop, mais un petit peu quand même. On verra… À un moment donné, ça risque de ne pas être facile de gérer la cour d’école et le regard de leurs camarades. Mais, pour l’instant, ça se passe plutôt bien.

SP: Quelles valeurs voulez-vous impérativement leur transmettre?

PB: Le plus important, c’est de transmettre de l’enthousiasme, de l’envie et du respect. Avec ces trois notions, on peut aller très loin. L’envie, c’est la force de faire les choses, l’enthousiasme, c’est pour les accomplir, et le respect, c’est de ne pas faire n’importe quoi.

SP: Votre succès perdure, même après toutes ces années…

PB: J’achète moi-même tous mes disques (rires). Je ne sais pas comment je fais; en fait, je pense que les gens m’aiment bien. En tournée, c’est différent. On donne tellement sur scène que ça me semblerait presque bizarre que les gens ne reviennent pas la fois suivante. Et surtout, je n’ai jamais trahi mon public.

SP: Le plus dur dans ce milieu, c’est de durer. Qu’est-ce qui fait que ça dure pour vous?

PB: Tant que l’enthousiasme est intact, on peut le communiquer. Et puis, il faut être cohérent, essayer de se rapprocher le plus près de ce qu’on est, au fur et à mesure du temps. Il ne faut jamais rien prendre pour acquis, ne pas suivre des modes, essayer de se renouveler tout le temps… Il faut aussi avoir un peu de chance.

SP: Votre Live étant sorti depuis quelque temps déjà, avez-vous amorcé un nouveau disque?

PB: Oui, j’ai commencé à travailler sur un nouvel album. Mais je ne vous en parlerai pas parce que sinon après, je vais être obligé de faire ce que j’ai dit.

SP: On a du mal à imaginer votre vie. Quel est votre quotidien quand vous ne chantez pas?

PB: Je me lève à 7 heures du matin et j’emmène mon fils à l’école. Ensuite, la journée commence. Je lis des scénarios, parce que j’ai des projets de films, ou je travaille à la production.



 

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